‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 99 sur 269 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mesures prises par le conseil d'état pour neutraliser les effets de la démission.

Le conseil d'état en face de la démission. — Promptitude des mesures adoptées. — La proclamation du 14 novembre. — Confusion de Y état avec le conseil d'état. — La coalition du clergé. — Effet produit par la proclamation sur le peuple. — Pétitions pour et contre les démissionnaires. — Le grand conseil et les pleins pouvoirs. — La discussion. — Puissance oratoire de M.Druey. — L'opinion de la rue.

— Encore les théories du conseil d'état sur le ministère et l'église. — Le conseil d'état ne capitulera pas ! — Faiblesse de l'opposition. — Absence de dignité dans le grand conseil. — Les pleins pouvoirs et l'ordre constitutionnel. — La dictature du conseil d'état. — Les circulaires aux démissionnaires et aux non-démissionnaires. — Le piège tendu aux démissionnaires. — Les rétractations hâtives. — Les rétractants. — M. le pasteur Fabre. — Motifs divers chez les rétractants. — Véglise et la paroisse. — Les démissions confirmées : MM. Cérésole et Grenier. — Circulaire aux démissionnaires qui ont gardé le silence. — Attaque de l'oratoire de Mauborget. — L'arrêté du 2 décembre. — Suppression de la liberté religieuse.

— Les thèses soutenues par le Nouvelliste vaudois. — Nouvelles mesures du conseil d'état. — Arrêté fixant la répartition des paroisses. — Facilités accordées aux pasteurs officiels. — Démission de M. le professeur Chappuis. — M. le ministre Berthoud et le conseil d'état. — Correspondance des pasteurs du Jorat avec le gouvernement. — L'exode des démissionnaires. — Tristesses et consolations. — Quelques chiffres. — Un appel de la commission ecclésiastique. — Le 12 no-

vembre des étudiants en théologie de l'académie de Lausanne. — La motion Cloux. — Les démissionnaires sous l'interdit. — Circulaire du 24 décembre. — Rapport de M. Druey au grand conseil sur l'usage des pleins pouvoirs. — M. Vinet et sa Pétition au peuple vaudois.

Tandis que les pasteurs étaient assemblés à l'hôtel de ville, le conseil d'état siégeait en permanence au château. Il n'ignorait certainement pas ce qui se passait dans la réunion du clergé, car, malgré le prétendu huis-clos absolu dont le journal semi-officiel crut pouvoir se plaindre le lendemain, un, au moins, des soutiens, et l'un des plus ardents, du conseil d'état, M. Eytel, put pénétrer dans la salle du conseil communal. D'ailleurs, le gouvernement ne manquait pas d'agents et partout il avait des créatures.

Le 12 novembre au soir, le conseil d'état savait exactement à quoi s'en tenir sur les décisions du clergé, bien qu'il ne dût en recevoir la notification officielle que le 14 à midi. Il avait prévu, il avait même désiré, dit-on, quelques démissions. Certains pasteurs le gênaient singulièrement dans ses doctrines et dans leur application. Que ces pasteurs se fussent retirés, tout aurait été pour le mieux. Mais le conseil d'état ne s'était point attendu à une démission si nombreuse1. Il en fut surpris, un moment même, à ce qu'on prétend, ébranlé. Mais l'homme fort qui tenait le gouvernail de la barque gouvernementale eut bientôt recouvré son sang-froid et, dès le 12, au soir, toutes les mesures étaient prises. En rentrant chez eux, la plupart des pasteurs s'aperçurent qu'ils avaient été devancés par les agents du pouvoir. Les paroissiens prévenus étaient déjà, en majeure partie, tout disposés à se tourner contre les hommes qui, la

1 « Les démissions sont arrivées ex abrupto; on en parlait bien, mais on ne s'y attendait pas, au moins pas dans cette quantité. » (M. Druey, séance du grand conseil du 17 novembre 1845.)

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