‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 11 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mai dernier aussi longtemps que je n'ai pas été auparavant dûment convaincu d'être attaché à la secte religieuse désignée par cette loi.

Il est vrai qu'il m'a été dit, le 23 août dernier, par monsieur l'accusateur public dans le cours de l'instruction de la procédure, que ce serait cette procédure elle-même qui ferait voir si je suis un sectaire ou non. Mais elle ne peut point le montrer, vu que je n'y ai point été interrogé sur ma doctrine, ce en quoi cependant consiste précisément une secte, et qu'on m'a même dit qu'on aurait grand soin de ne pas me parler de ma croyance et de mes dogmes; ce qui seul prouve à quel point le tribunal civil qui prétend juger maintenant si je suis un sectaire, en est incapable, et combien un tel jugement est hors de sa compétence, c'est que la commission informatrice, nommée par lui, ne savait pas même ce que c'est qu'une secte, et que je me suis trouvé dans le cas de le lui apprendre.

Mais lors même que ce tribunal m'aurait interrogé ou m'interrogerait encore sur ma doctrine religieuse par l'ordre de sa commission, il ne serait nullement compétent pour en juger, parce que son ressort est les causes civiles, criminelles et correctionnelles, et non les choses ecclésiastiques, comme je l'ai déjà dit plus haut.

Que si toutefois le tribunal d'Aubonne veut m'appeler à lui faire connaître ma foi, je le ferai avec joie, par la Parole de Dieu et d'après l'ordre de cette parole elle-même qui nous dit: « Soyez toujours prêts à répondre avec douceur et respect à quiconque vous demande raison de votre espérance. > Mais je le ferai uniquement pour rendre témoignage à l'Evangile, et non point pour soumettre en aucune façon ma croyance m jugement de ce tribunal.

Je répète, au contraire, ce que j'ai déjà avancé, savoir que je regarde un tel tribunal comme entièrement incompétent pour me juger en tout ceci ; je confirme la protestation que j'ai faite dès ma première comparution contre l'illégalité de tout ce qui a été fait jusqu'ici et pourrait encore être fait contre moi d'après la loi du 20 mai 1824, à l'instance de la partie publique et par les tribunaux civils et judiciaires. Et si vous voulez absolument, très honorés messieurs, qu'il soit suivi plus outre à cette affaire, je prends maintenant la très respectueuse liberté de vous supplier de vouloir bien m'accorder la permission de soutenir publiquement une dispute religieuse où je puisse enfin, être entendu de tous, me justifier devant tous, et défendre par la seule Parole de Dieu, la foi de mes pères et le glorieux Evangile de Jésus-Christ mon Sauveur.

Et veuillez, je vous en conjure, très honorés messieurs, considérer combien ma demande est juste. Car, comment les tribunaux peuvent-ils

agir contre moi comme contre un sectaire, avant desavoir si je le suis réellement.

Et quelle injustice n'y aurait-il pas à me condamner en qualité de sectaire d'après la loi du 20 mai, avant qu'il soit prouvé que je fais partie de la secte qu'elle a en vue?

D'ailleurs, très honorés messieurs, et, permettez-moi, je vous en supplie, de vous dire ceci en liberté et en tout respect, ne me fournirez-vous pas volontiers, et surtout à présent que vous me mettez en accusation juridique, les moyens de me justifier publiquement, puisque vous n'avez pas craint de me noircir publiquement, tantôt d'une manière indirecte et non moins dangereuse, en me faisant passer, ainsi que d'autres ministres de l'Evangile, pour un exalté, un égaré, un aveuglé, un sectaire, un fanatique, un mômier, c'est-à-dire, un fou, un homme à vues intéressées et qui cherche même à altérer la doctrine de l'Evangile, et tout cela sans m'avoir entendu, sans savoir exactement ce que je crois et ce que je prêche, et sans seulement avoir consenti à supposer que mon intention fût droite et pure !

Ne croyez pas cependant, très honorés messieurs, que je conserve pour tout cela dans mon cœur aucun ressentiment.

Oh! non, non! le bon Maître que je sers m'enseigne à tout pardonner et à tout supporter avec soumission et sans révolte ; aussi Dieu m'est témoin qu'à cette heure je suis pénétré pour vous, très honorés messieurs, du plus profond respect et d'une sincère affection que je voudrais avoir l'occasion de vous montrer mieux que par des paroles qui, hélas ! ne seront peut-être pas crues.

Mais, tout en m'ordonnant d'endurer avec douceur toutes ces choses, la Parole de mon Dieu ne me défend pas de les représenter respectueusement. Et il faut en convenir, on n'a encore répondu à nos raisons que par des mépris, des menaces, des huées, des injures, des calomnies, des coups de poing et de pierres, des destitutions, des édits de proscription, des mandats et des emprisonnements. Mais si nous sommes dans Terreur, ce n'est pas ainsi qu'elle doit être repoussée. L'on ne doit combattre le mensonge que par la vérité; et c'est là ce que personne n'a encore entrepris jusqu'à présent. Au contraire, on a combattu la vérité par le mensonge.

Daignez donc, très honorés messieurs, m'accorder actuellement les moyens de maintenir contre tous et un chacun et uniquement parla sainte Bible, la Parole de l'Evangile que j'enseigne, comme aussi de soutenir mon droit vis-à-vis des tribunaux entre les mains desquels vous m'avez

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