‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 12 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

remis pour me juger, à moins qu'il ne vous plaise d'enjoindre à ces tribunaux de cesser l'injuste poursuite dont je suis l'objet. Sinon, veuillez, très honorés messieurs, me faire la grâce de m'accorder de soutenir à Lausanne, dans un local public et assez vaste pour cela, une dispute religieuse à laquelle il soit permis à chacun d'assister et où chacun puisse, pendant plusieurs jours, m'attaquer et m'exposer ses griefs et ses préventions contre moi, afin que je puisse m'en laver et rétablir la vérité. Choisissez, de votre côté, très honorés messieurs, quels juges ecclésiastiques vous trouverez à propos et veuillez me permettre d'en choisir aussi pareil nombre de mon côté afin que tout soit égal de part et d'autre.

Et de plus, comme par la voie des papiers officiels j'ai été dans le temps calomnié en tout pays, et par là-même la doctrine évangélique dont je suis le ministre, je vous prie encore, très honorés messieurs, de vouloir bien me permettre d'annoncer aussi cette dispute en tout pays et d'en fixer à cet effet le moment à un terme suffisamment éloigné.

Daignez, très honorés monsieur le landammann et messieurs les membres du conseil d'état, prendre en considération ma juste et pressante demande et agréer l'hommage de ma soumission et de mon profond respect.

François Olivier, ministre de l'Evangile.

Le jour du jugement (5 octobre), M. Olivier demanda à présenter lui-même sa défense. Nous connaissons trop bien, par ce qui précède, le point de vue auquel se plaça cet accusé et les moyens qu'il invoqua en faveur de sa cause, pour qu'il soit nécessaire d'y revenir *. La partie publique, accusant en par-

1 Le désir qu'éprouvaient en général les accusés de plaider eux-mêmes leur cause se justifiait par plusieurs raisons, entre autres par le besoin de proclamer la vérité telle qu'elle leur apparaissait. Une lettre écrite par M. F. Olivier, et adressée six jours après la séance du tribunal d'Aubonne à M. Marc Fivaz, rend parfaitement compte de ces sentiments : « Ces plaidoyers sont un moyen tout nouveau et admirable par lequel Dieu nous fait parler et prêcher devant une foule qui vient de tout un district, qui nous écoule en mangeant nos paroles et qui s'en va, le même jour, les porter de tous côtés. C'est au moins ce qui est arrivé ici.... Je crois toujours que chez nous la délivrance de l'église n'est pas éloignée; peut-être serons-nous sacrifiés auparavant, mais j'attends des choses magnifiques. » M.Olivier nous disait un jour à nous-mêrne, en parlant de ces plaidoyers: « Lorsque les chrétiens évangéliques comparaissaient devant les tribunaux, ils étaient trop heureux de profiter de cette

ticulier M. Olivier d'avoir chez lui des jeunes gens dont il paraissait vouloir faire des prosélytes, concluait au maximum de la peine (trois ans de bannissement), et ses conclusions furent acceptées par le tribunal \ La cour d'appel, par sa sentence du 1er novembre, réduisit d une année la peine du bannissement hors du canton et maintint la décision du tribunal de district qui mettait à la charge du condamné les frais de sa détention et ceux de la procédure. De même que Charles Rochat, François Olivier se rendit à Paris.

Tandis que les chrétiens étaient poursuivis juridiquement à Vevey et à Aubonne, le tribunal de première instance du district d'Orbe instruisait également une procédure correctionnelle contre les frères Develey, M. Fivaz et Mlle Junod.

Aux premiers jours du mois d'août, une assemblée suivie de désordres avait eu lieu chez une demoiselle Junod. Les ennemis de l'Evangile étaient si irrités, qu'ils faisaient sérieusement mine de jeter l'un des membres de l'assemblée depuis le pont de l'Orbe dans la rivière, et qu'ils se livrèrent à des actes d'atroce méchanceté.

Appelés devant la municipalité, les inculpés racontent ce qui s'est passé. Le docteur Develey a fait, chez Mlle Junod et dans une réunion tout improvisée, la lecture del'épître aux Galates; M. Fivaz a prononcé une prière. Voilà le corps du délit. Tous

occasion pour prêcher. L'auditoire était partagé ; il y avait quelquefois des signes d'impatience. Du reste, ces plaidoiries avaient pour but unique de rendre témoignage à la vérité ; les inculpés ne pensaient pas agir ainsi sur les juges pour la nature de la «entence. »

1 Quand, à Aubonne, M. Olivier, entouré des gendarmes, sortit de devant le tribunal, la foule rassemblée dans la rue était très animée. Les uns faisaient le poing, le» autres criaient : Dieu vous bénisse, Monsieur Olivier!

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