CHAPITRE XXI
cice de ce devoir. » Nous ne nous arrêterons pas à faire ressortir l'apparente contradiction renfermée dans ces lignes. La discipline que les pasteurs nationaux exerçaient était si nulle et si illusoire, que la masse des correspondants déclare qu'il n'en existe point et qu'il en fautune. Toutefois la discipline dont parle M. Monnerat existait bien, mais dans la liturgie, et elle n'avait aucune puissance. En réalité donc, le fait annulait le droit.
Mais, du reste, à qui les pasteurs auraient-ils pu demander une discipline? A cette question, Dupraz répond en ces termes (Cossonay, 26 novembre) : « à l'autorité civile? Mais ce n'est pas dans sa compétence. Aux classes ? Mais avec l'esprit qui les anime, quelle discipline obtiendrait on ? » Et Dupraz de conclure ainsi : Ne vaudrait-il donc pas mieux attendre pour une telle démarche un temps qui, Dieu aidant, viendra, où les classes seront vraiment animées de l'esprit de Dieu et sentiront le besoin de voir les églises gouvernées suivant la Parole de Dieu et où elles ne se contenteront que d'une discipline évangélique?
Les pasteurs fidèles ne pouvaient donc guère compter sur les classes. Se tourneraient-ils vers le gouvernement? Ils n'en obtiendraient pas davantage. Le pasteur Grenier n'avait malheureusement que trop raison lorsqu'il écrivait à ses collègues (Rougemont, 19 avril): «Il est hors de doute que les démarches que l'on pourrait faire dans ce moment, pour demander une discipline mieux réglée et en particulier l'excommunication, ne fussent sans succès. »
Pouvait-on supposer que de telles demandes seraient comprises, lorsque les doctrines vitales de l'Evangile avaient encore tant de peine à faire leur chemin dans les esprits et que ces doctrines devenaient suspectes du moment où l'on croyait découvrir
en elles la marque d'une nouveauté. « La doctrine du salut gratuit, écrivait M. Golliez dans la lettre que nous avons déjà citée de lui, la doctrine du salut gratuit par la foi est décriée comme une doctrine nouvelle, comme une rêverie d'enthousiastes, dont les conséquences offrent mille dangers pour l'état, les familles et les individus.il est hors de doute que le concours d'un certain nombre de ministres à professer ouvertement cette doctrine lui donne quelque poids ; mais malheureusement tous ces ministres sont suspects du crime prétendu de mômeric... Et cependant, le réveil qui caractérise ces temps-ci, n'est dû qu'à un nouveau retour à cette doctrine consolante. »
Dans un tel état de choses, quels progrès pouvait-on espérer? quels changements, quelles améliorations dans une église dont le peuple était encore selon l'expression d'un pasteur, « prodigieusement appesanti pour tout ce qui tenait aux choses de Dieu? » dans une église dont la plupart des membres mettaient encore les réflexions oV Oslerwald au-dessus de la Parole de Dieu !, et se voyaient encouragés dans ces vues par une classe même du clergé (celle d'Yverdon), qui voulait sérieusement proscrire la substitution des libres réflexions du ministre à celles du célèbre pasteur neuchâtelois2.
Il est assurément pénible de voir l'état d'inquiétude, d'indécision, de tiraillements, en un mot de malaise dans lequel se trouvent, à l'époque à laquelle nous sommes parvenus, les membres vivants et particulièrement les pasteurs fidèles de l'église nationale du canton de Vaud. Toutefois, ce spectacle ne laisse pas que d'être très instructif ; bien plus, il a en lui-même quelque chose d'encourageant. On sent que ces efforts, ces luttes, ces recherches aboutiront un jour et que c'est la cause de la vérité, de la liberté, la cause de Dieu et de l'Evangile, qui est ici débattue. Malgré leur nombre encore restreint ; malgré les difficultés
* M. Terrisse: 14 décembre.
* Lettre de M. Monneron, 12 novembre.