‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 13 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les accusés prétendent qu'ils ont le droit de recevoir chez eux qui ils veulent. La municipalité les exhorte a se conformera la loi du 20 mai et les renvoie devant le juge de paix du cercle. Le docteur Develey, qui habitait Yverdon, arrivant à Orbe pour comparaître devant le magistrat, se rendit, avant l'audience, auprès d'un jeune apprenti maréchal nommé Louis Werly, qui avait assisté à l'assemblée tenue chez Mlle Jnnod. Aussitôt la jeunesse d'Orbe les entoure et les hue. Un gypsier, le nommé Ch., verse sur M. Develey un pot de vernis jaune qui recouvre les vêtements de celui-ci et le salit lui-même de la tête aux pieds. Develey se transportant aussitôt auprès du juge de paix lui dit: « Je viens vous faire connaître des œuvres qui vous prouvent ce que j'ai déjà dit, que vous souteniez la cause du monde contre les enfants de Dieu et contre l'Evangile. » Le juge irrité monte immédiatement chez Ch.; mais celui-ci, accompagné de plusieurs individus, qui juraient de le défendre les armes à la main, s'était déjà retiré au Chalet, ferme située à cinq minutes de la ville. Il fut toutefois soumis à une enquête. Le conseil d'état ordonna même une procédure, mais le tribunal acquitta Ch. à pur et à plein!! Quelques jours après, plusieurs personnes, et entre autres le même Ch., firent un mannequin représentant Develey taché de vernis jaune. Ils allèrent au Chalet et sur la place du tir. Des magistrats, parmi lesquels le greffier M., s'y rencontrèrent. On y proféra des discours impies, et on rentra le soir en ville, avec l'effigie du docteur criblée de balles. A l'audience du juge de paix, Develey refusa de répondre aux questions qui lui étaient adressées parce magistrat, parce que, disait il, la loi du 20 mai était une guerre faite à Dieu.

Le tribunal d'Orbe appela à sa barre un certain nombre d'accusés parmi lesquels on remarquait un jeune Cachemaille, de Beaulmes, ex-étudiant en philosophie, qui raconta qu'à Lausanne, les réunions tenues chez MM. Chavannes et Juvet comptaient jusqu'à quarante personnes, et que des services religieux

semblables se faisaient encore dans beaucoup d'autres maisons. A la question : Depuis quand vous êtes-vous mis de la secte des mômiers? Louis Werlv répondit : Je ne suis pas mômier, mais je suis chrétien! Le docteur Develey s'exprima de nouveau très fortement contre la loi du 20 mai et refusa également de répondre à maintes questions. « Lorsque le greffier lui donne connaissance des réponses antérieures, il garde le silence et lit dans un livre qu'il lient à la main*. » L'une des accusées, car il y a là des femmes et même des jeunes filles, est recherchée au sujet de petits livres, de traités qu'elle aurait répandus dans l'école, alors qu'elle était monitrice générale. Dans cet interrogatoire, le greffier M. qui. on ne sait à quel titre, s'était arrogé le droit de faire des questions aux accusés, déploie une ruse et une finesse vraiment diaboliques pour obtenir des aveux compromettants. Le président du tribunal, M. M... s'amuse à faire de la haute morale et use d'un langage qui devait étonner dans ia bouche de ce parfait incrédule Un artisan de la ville écrit, dans un style inimitable, une plainte contre Fivaz qu'il accuse d'avoir perdu ses filles et troublé son bonheur domestique. La première question adressée aux accusés est toujours celle-ci • Depuis quand êtes-rous mômier ; ou de la secte des mômiers? Les uns répondent qu'ils en sont depuis tant de temps ; les autres qu'ils n'en sont pas ; les troisièmes qu'ils ne sont pas d'une secte, ni mômiers, mais chrétiens.

M. Fivaz, accusé par le tribunal d'avoir, par ses enseignements, provoqué la séparation d avec l'église nationale de tout ou partie des inculpés, déclare formellement ne leur avoir jamais parlé de séparation. Cela est venu de leur chef. Les dépo-

1 Dossier de la procédure.

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