CHAPITRE XXV
classe, furent soumis au gouvernement. L'année suivante, les mêmes réclamations furent de nouveau produites contre les mêmes pasteurs.
En celle même année 1828, M. le pasteur Bauty fut également l'objet d'une dénonciation au conseil cl état. Affligé à la vue de la manière dont la cène était profanée et ayant, sans succès, prêché plusieurs fois sur ce sujet, M. Bauty eut l'idée d'expliquer la liturgie elle-même. 11 avait prêché sur ce texte : Et la terre trembla et plusieurs des morts ressuscitèrent et furent vus dans la sainte cité. Ce n'est pas tant le sermon lui-même comme l'explication delà liturgie qui choqua l'auditoire. M. Bauty déclarait, en effet, que, pour lui , le mot de chrétiens signifiait réellement chrétiens, et non simplement baptisés. Lorsque le moment arriva de prendre la cène, le pasteur vit l'auditoire se fondre, ayant à sa tête le lieutenant du conseil d'état qui venait, Pépée au côté, faire ses Pâques.
Ensuile de la dénonciation faite contre lui, M. Bauty se voit obligé de livrer son manuscrit à l'autorité supérieure, puis, de se rendre à Lausanne. « Que nous avez-vous fait là? » s'écrie en le voyant le landammann Clavel; «vous prêchez la, prédestination, vous avez dit que vos auditeurs étaient damnés !> Cependant le magistrat avoue qu'il n'a pas lu le sermon incriminé qui se trouve chez son collègue, M. Monod. Ce dernier, homme bon, doux, respectable, reçoit bien M. Bauty et cherche à lui persuader que les doctrines incriminées ou supposées dans le sermon, savoir la prédestination, ne sont pas de Calvin, mais de Luther. On comprend le malaise qu'éprouvait le pasteur dénoncé. Le conseiller d'élat Milliet, que M. Bauty vil ensuile, lui dit que de tels sermons se prêchaient tous les dimanches à Lausanne, mais il l'avertit que si l'on ne voulait pas attaquer les ministres évangéliques sur ces points-là et tous en masse, vu l'effet que cela produirait, on les casserait en détail, lorsque l'occasion s'en présenterait. « Mais, répliqua M. Bauty, si les cas-
218 LTV RE IV.
seurs étaient eux-mêmes cassés? a « Ah 1 alors ils ne casseraient plus! » Et, là-dessus, M. Milliet invita le pasteur à dîner1.
La réponse du conseil d'état fut modérée. L'autorité ne voulait pas traiter la question de doctrine, mais il trouvait que la forme du sermon avait été un peu vive.
De tels procédés, on le comprend, étaient bien de nature à faire réfléchir les ministres fidèles sur la position qui leur était assignée dans l'église nationale et qui était faite à celte église ellemême, dans la personne de ses ministres. Aussi, les préoccupations ecclésiastiques et disciplinaires que nous avons déjà signalées précédemment, chez les membres vivants du clergé national, se font-elles plus que jamais jour dans la Correspondance fraternelle et dans les conférences pastorales.
La dissidence apparaissant aux pasteurs nationaux fidèles comme un danger de plus en plus menaçant, il était naturel qu'ils se demandassent toujours de nouveau quelle conduite ils avaient à tenir vis-à-vis des dissidents?
Le 12 janvier 18-28, M. le pasteur Descombaz, écrivant à ses collègues de la Correspondance, au nom de la conférence de Rolle, s'exprime ainsi au sujet des séparés: «Nous devons les voir, tout comme d'autres paroissiens, s'ils n'ont pas leur pasteur à leur portée ; s'ils en ont, nous pensons que c'est à eux que nous devons les adresser. S'agit-il de les voir dans des maladies? S'ils ont confiance en nous, pourrions-nous leur refuser notre ministère? Ne sont-ils pas nos frères dans la foi? La question devient plus délicate dans le cas où les dissidents ne vont pas
* On prétend que M. M. aurait dit, en se servant d'un terme trop énergique pour que nous le reproduisions ici: « Vous tenez donc... au salut gratuit! C'est égal, vous leur avez bien raclé cela ! »