CHAPITRE XXV
entendre notre prédication évangélique. Il faut avoir avec eux là-dessus une explication franche et fraternelle. » C'est dans un esprit plus large encore que Samuel Pilei-Joly écrivait (Morges, 29 janvier) : « Les séparés ne sont ni d'une autre religion que nous, ni hérétiques; il n'est pas même bien clairement prouvé qu'ils soient dans l'erreur, et s'ils le sont, celle erreur n'est point essentielle au salut, puisqu'elle lient à la discipline. Us habitent la même maison que nous, mais un autre appartement de celle maison. Donc, nous devons les considérer comme de véritables frères en Christ et le pasteur leur doit le même amour fraternel qu'aux autres fidèles de son église et, lorsqu'ils n'ont pas de pasleurde leur communion, les mêmes soins qu'à ses propres ouailles, toutefois après colles-ci. » A la vérité, M. Pilet ajoute ici une parole qui pourrait nous étonner après ce que nous venons de lire, si nous ne savions de quelle extrême prudence les pasteurs nationaux fidèles croyaient devoir user, pour ne pas effaroucher leurs troupeaux et l'autorité supérieure. Cette parole, la voici: « Toutefois le pasteur ne doit pas se laisser soupçonner de vouloir se séparer! » A en juger par celte phrase, il semble que le pasteur aurait perdu toute autorité morale sur ses paroissiens, s'il avait pu être soupçonné de sympathies trop fortes pour la dissidence: C'est possible l Nous disons pour la dissidence et non pour les dissidents, car M. Pilet se hâte d'ajouter: «11 faut que le pasteur ne soit pas non plus soupçonné d'approuver la persécution. Il ne faut pas qu'il ferme sa porte aux séparés qui ne vont pas l'entendre. » A la bonne heure!
M. le pasteur Bauty (conférence de Gressy, 13 mars) distingue trois classes de séparés. 1° Ceux qui ne communient point au temple, mais assistent régulièrement au service évangélique et ne sont pas membres d'une église dissidente. 2° Ceux qui, réunis à un troupeau séparé, viennent dans les temples entendre une prédication évangélique. 3° Ceux qui ne mettent plus les pieds dans l'église nationale.
A l'égard des premiers, M. Bauty pense qu'il ne faut pas faire de différence entre eux et les autres paroissiens. « Un éloignement momentané de la cène ne peut en aucune manière constituer une séparation proprement dite.» Les seconds doivent être aimés et traités comme frères ; les troisièmes aussi. « Toutefois, un pasteur ne doit pas nuire à son ministère et faire suspecter son atlachemenl à l'église nationale par des relations trop intimes et fréquentes avec eux.» Voilà la pensée de M. Pilet reproduite assez exactement, mais sansle tempérament qu'il y avait apporté. Il y a là au fond une divergence de vues rendue plus sensible par ce que M. Bauty ajoute : « Le pasteur doit se laisser visiter par les séparés plutôt que les visiter lui-même. Il doit être prudent; ne pas cacher son attachement pour l'église nationale. Il doit tout son temps à son église.» M. Bauty estime aussi qu'il ne faut jamais prêcher contre la dissidence, parce que c'est le bon moyen de l'étendre. D'ailleurs, c'est « livrer à la censure des mondains des frères séparés.» A en juger d'après deux ou trois mots que M. Bauty ajoute à ce qui précède, il paraît que l'opinion était alors très répandue que la prédication de V Evangile était un tuyau pour conduire les âmes de l'église nationale dans une église dissidente. Cela pourrait nous expliquer pourquoi tant de pasteurs fidèles de cette époque éprouvent une si grande peur de passer pour quasi-dissidents Et du moment que, pour eux, l'église nationale, malgré ses lacunes et ses misères, était vraiment une église, nous ne saurions les condamner d'agir comme ils le faisaient. Ils devaient redouter en effet que, selon une expression de M. Bauty, on les soupçonnât de ne rester suspendus à l'église nationale que par le gousset.
Les communications échangées entre les membres de la Correspondance fraternelle montrent combien il y avait encore