‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 125 sur 215 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

d'hésitation chez les pasteurs fidèles sur la vraie marche à suivre vis-à vis de la dissidence. Ce que nous avons entendu jusqu'ici, porte généralement l'empreinte de la largeur. Toutefois plusieurs frères, et des plus excellents, n'étaient point disposés à voir dans les séparés purement et simplement des frères et surtout pas des frères qui pourraient bien avoir raison. C'est ainsi que M. L. Germond écrivait de Pailly (14 avril): « Je ne puis m'empêcher de déplorer cette sorte d'indifférence ou d'indulgence extrême avec laquelle nous avons envisagé jusqu'ici le fait de la séparation.» Dans la pensée de l'auteur de ces lignes, les dissidents n'ont pas eu de motifs suffisants pour se séparer d'une église qui ne peut être accusée ni d'erreurs fondamentales dans la doctrine, ni d'idolâtrie dans le culte... C'est le péché de schisme, dit M. Germond, et il déplore que celte malheureuse illusion des frères dissidents ail été combattue avec tant de mollesse par les pasteurs. Aussi voudrait-il qu'on parlât contre Vorgxieil spirituel de gens qui se disent convertis.

Entrant, en quelque mesure, dans les vues de M. Germond, le pasteur Gaulhey (Bullet, 22 avril) se demande : « Est-il bien sûr que les séparés ne soient dans l'erreur que sur le fait de discipline? Ne pourrait-on pas montrer que des hérésies commencent à s'introduire dans quelques-uns de leurs troupeaux, ou du moins, que des erreurs graves se manifestent soit chez te! ou tel de leurs conducteurs, soit chez les brebis qu'ils dirigent 1 ?.. Si nous voulions mellre le doigt sur leurs plaies, comme je crois que nous y serons bientôt obligés, il y aurait plus à dire qu'on ne pense. Je me bornerai à signaler, pour le moment, l'abus de l'Ecriture qui devient chaque jour plus frappant parmi eux. »

Revenant à la charge, M. S. Pilet-Joly répond en ces termes à ce qui précède: «Les séparés sont-ils réellement séparés de nous? Est-ce la séparation de l'église du canton de Vaud qui a

• Allusion assez évidente à ce qui se passait dans l'église dissidente d'Vverdon.

élé de tout temps regardée comme le schisme, ce grave péché ?.. Y a-t-il schisme, là où la fraternité demeure ? S'il y a des hérésies dans les églises séparées, qu'on les signale. Je crois bien y remarquer une tendance fâcheuse vers le donalisme1, mais je ne saurais les en accuser directement. Quant à l'attachement à l'église nationale, s'agit-il de la constitution et de l'état moral de celte église, qui de nous peut y être attaché? Apprenons à aimer en Christ ceux-mêmes qui ne pensent pas comme nous.»

A son tour, M. L. Vulliemin (Nyon, 26 novembre) « voit une grande différence entre les séparé* qui mettent la séparation au même lieu que le fondement de la foi et font schisme parmi les disciples de Jésus, et ceux d'entre eux qui, par une autre voie que la sienne, recherchant ce qu'il désire comme eux, Pindépen dance de l'église et un meilleur ordre de choses, demeurent dans l'amour fraternel et dans la charité.» Les dissidents veulent que Véglise n'ait rien à faire avec l'étal; qu'elle subsiste, croisse et se développe comme une société morale, religieuse et, par conséquent, libre; M. Vulliemin le veut aussi. Il aime les conclusions du livre de Vinel. Il désire un ordre de choses pareil à celui qu'établissait la discipline des églises de France dès les temps de la Réformation et par lequel est reconnue l'indépendance des églises particulières;... un ordre de choses semblable à celui des Etats-Unis. Les dissidents paraissent à M. Vulliemin abuser des passages de l'Ecriture qu'ils emploient pour établir leur discipline, leur coMlilution intérieure. Toutefois, cet ordre était établi dans le second siècle à peu près généralement parmi les églises chrétiennes.

4 Le donatisme (We siècle) pratiquait une discipline sévère et sans entrailles et poussait fortement au mai lyre.

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