CHAPITRE XXVI
Vups sur les relations possibles de l'église avec l'état, dans le canton de Vaud. — Aspirations à la liberté. — Préoccupations discipl inaires. — L'idée de la séparation des deux sociétés. — Une lettre de M. L. Burnier.
Le lecteur remarquera sans peine les aspirations à la liberté et à l'indépendance de l'église vis-à-vis de l'état que renferme la lettre de M. L. Vulliemin citée dans le chapitre précédent. Cela nous amène tout naturellement à signaler les vues qui se faisaient jour chez les correspondants sur ce point en particulier, et sur la situation générale que l'on pouvait désirer pour l'église, dans le canton de Vaud.
Il est tout d'abord digne de remarque que l'état actuel de l'église vaudoise n'apparaît à aucun des correspondants comme bon et normal. Sur ce point, leurs dépositions unanimes sont singulièrement et tristement instructives. «La grande majorité de notre peuple, disent-ils, qui marche encore dans la vallée de l'ombre de la mort, a fréquemment entendu lire la lible... Il est comme blasé sur ces livres sacrés^ » « Il n'est pas possible, écrit M. Décoppel (Romainmôtier, 12 février 4828), que notre église, surtout en sa qual'.lé d'église nationale, soit dirigée selon les ordonnances du Seigneur et sur le modèle des églises primitives, tant que les membres en seront en majeure partie éloignés de l'Evangile, ou, au moins, tant que le réveil des âmes par lequel il a plu à Dieu de nous bénir, ne se sera pas encore
1 Lettre de M. Descombaz, 12 janvier 1828.
considérablement étendu.» Si, dans un tel élat de choses, il est licite de faire un abandon partiel de la discipline, toutefois «que la patience des ministres du Seigneur ne soit jamais de l'inaction.» M. Décoppet veut donc que les pasteurs hâtent le temps des réformes, en en parlant avec discernement dans leurs paroisses, avec les membres les mieux disposés dans les classes et dans les classes mêmes, et encore par des écrits publics. «Il faut que le gouvernement voie qu'on s'en occupe beaucoup! »
C'est avec un grand bon sens, en même temps qu'avec un esprit de vraie justice, que M. Décoppet signale ici l'heureuse influence que la séparation pourrait avoir et a déjà eue sur l'église nationale. Il rappelle, à ce propos, le bien que les dissidents ont fait à l'église anglicane. « Il faut, dit-il, des chocs de cette espèce pour réveiller de leur sommeil des corps privilégiés qui n'ont pas besoin de zèle et de fidélité pour subsister. Plus les dissidents deviennent nombreux et l'emportent en zèle sur une église nationale, plus on voit d'émulation dans celle ci.»
M. Jayet (Lausanne, 15 septembre) pense que : « puisque le Seigneur a permis une dissidence au milieu de nous, c'est pour nous rendre attentifs sur l'état de notre église, et pour en améliorer les institutions. » « L'église nationale, dit-il encore, est un édifice ébranlé, ou qui présente du moins dans sa structure des vices propres à amener tôt ou tard sa ruine. »
D'un côté donc, la vue de ce qui se passait dans l'église nationale et l'état actuel de cette église; de l'autre, l'organisation intérieure des églises dissidentes et la position qu'elles avaient prise vis-à-vis de l'état, préoccupaient et angoissaient même les pasteurs nationaux fidèles qui cherchaient avec droiture et conscience comment leur église pourrait être relevée et vivifiée. La