CHAPITRE XXVI
nécessité d'une discipline ecclésiastique semble être, en général, pour eux, une vérité acquise et inattaquable. Seulement, ils se demandent avec anxiété ce que peut et doit être cette discipline, dans une église comme celle du canton de Vaud? C'est par des recherches de cette nature qu'ils arrivent peu à peu à envisager la séparation de l'église et de l'état comme l'un des postulats d'une vraie réorganisation de l'église elle-même. Cette idée se fait jour dans plusieurs des lettres de la correspondance; elle se précise même dans queiques-unes, comme nous le verrons bientôt. Mais, d'abord, indiquons les idées débattues entre les correspondants sur la discipline en particulier.
« Croyez-vous, demande M. Descombaz, au nom de la conférence de Rolle (12 janvier 1828), qu'il est nécessaire à l'église d'avoir une discipline ? et il répond oui f tout en hésitant sur le point spécial de V excommunication. Toutefois, il serait avantageux que la discipline allât jusque là. Il faudrait donc éclairer l'église, lui montrer que cette discipline n'est pas la discipline à moitié temporelle des anciens consistoires.
La conférence de Morges (lettre de M. Crinsoz, 29 janvier) admet l'excommunication comme devant et pouvant avoir lieu de fait. M. Pilet, dans des notes marginales, ajoute, ici, qu'il voit l'excommunication clairement prescrite dans la Parole. Mais la discipline est variable et M. Pilet veut qu'en tout, ce soit d'après les règles divines que l'on juge Toutefois, une discipline actuellement demandée se ressentirait « ou de l'influence du civil, ou de l'influence de l'état actuel de notre église et même d'un grand nombre de ses conducteurs. » «C'est ici, ajoute M. Pilet, que l'exemple deDiotrèphe m'effrayerait. »
En face de réclamations de cette nature, le pasteur F. Laurent, de Chavornay (10 avril), tout en citant des traits de la corruption et de l'immoralité du peuple, estimait que l'excommunication serait impraticable en détail, à cause de la masse de ceux qu'il faudrait excommunier ou avertir. Telle
MOUVEM. RELIG. il.
est aussi l'opinion de M. D. Verrey (Oron, 22 juillet), qui déclare la discipline elle-même « impraticable au temps où nous sommes. » Aucune de nos classes, dit-il, ne voudrait en faire la demande, et très certainement le gouvernement la repousserait quand toutes les classes s'accorderaient à la demander. M. Monneron (Oron, 27 juillet) ne peut non plus comprendre ce qu'en laissant les institutions civiles ce qu'elles sont, on aurait à gagner à une discipline. En outre, qui serait chargé d'exercer la discipline à l'égard des pasteurs? Qui nommerait les hommes chargés de cette fonction-là? M. Monneron ne pense pas qu'aucun des correspondants eût l'idée d'établir la discipline dans les paroisses sur le pied où elle était dans les églises dissidentes de Genève et de notre canton. Pour son compte, il n'en voudrait rien !
La question soulevée par M. Monneron devait nécessairement et promptement se présenter dans une semblable discussion : Qui serait V auteur de la discipline et son introducteur dans l'église? Nous avons déjà entendu l'un des correspondants déclarer que ni les classes, ni le gouvernement, ne voudraient d'une semblable institution. Et, à supposer que l'état , le repré sentant du peuple politique, le voulût, n'aurait-on pas alors été autorisé à dire avec M. Dapples (Lutry, 11 août) : « Une organisation ecclésiastique discutée et octroyée par des infidèles sera toujours une chose monstrueuse ! » Mais il faut une discipline, il faut une organisation régulière pour l'église ; car, dit M. Golliez (Payerne, 1er juillet), « il faut nécessairement un ordre dans l'église pour l'édification du corps entier et de chaque membre en particulier, et comment ce corps subsisterait-il sans un corps de discipline, et sans une autorité établie pour l'exercer! » C'est donc au corps de l'église à la rétablir, mais ce corps ne se trouve pas dans la représentation politique du peuple. M. Golliez voudrait donc qu'on tentât premièrement la voie des classes qui est la voie légale. Cependant, il paraît être seul de son avis,