‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 128 sur 215 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

et la tendance qui se fait jour de plus en plus est celle de la séparation des deux sociétés comme offrant le seul moyen d'arriver à une organisation normale de l'église. M. Pilet-Joly (Morges, 19 novembre) pense que, pour que Féglise du canton de Vaud exerçât une discipline, il faudrait qu'elle fût dans une autre position qu'elle n'est. « Il faut, dit il, que les églises soient indépendantes de l'état civil et indépendantes les unes des autres. On ne peut attendre une discipline vraiment évangélique ni de l'état, ni du clergé. » Aux yeux de M. Pilet, plus la vie se manifestera dans les églises, plus elles tendront à l'indépendance qui seule peut permettre à la vie religieuse de développer tous ses effets. Pour M. Dapples, les frères séparés ont pris le bon chemin pour arriver à une discipline conforme à l'Evangile, savoir en se rendant eux-mêmes indépendants du pouvoir civil pour tout ce qui regarde leurs affaires intérieures. M. Dapples pense encore qu'il faudrait employer des moyens énergiques tels qu'un journal, des brochures, pour affranchir l'église du joug sous lequel elle gémit et languit depuis longtemps. Il déplore la soumission servile du clergé vis-à-vis de l'état. C'est par des démarches auprès du pouvoir civil que nous avons, ditil, rivé nos fers !

On le voit, la cause de l'union des deux sociétés reçoit déjà alors quelques atteintes; on commence à en apercevoir les dangers et à en constater les déplorables conséquences. L'idée de la séparation gagne du terrain parmi les correspondants ; elle s'accentue de plus en plus sous leur plume, a Pour établir une discipline vraiment évangélique, dit la conférence d'Aubonne (10 décembre), il faut remonter au grand principe de l'indépen-

dance de l'église. Nos églises sont-elles des églises évangéliques dans le véritable sens de ce mot? La masse a-t-elle antre chose, dans la plupart de nos paroisses, que l'écorce du christianisme? Du principe de l'indépendance des églises découlent, comme de leur source, toutes les questions sur l'excommunication de fait et l'admission des catéchumènes qui ont trop travaillé nos esprits... L'étal s'est presque emparé du sanctuaire... Usurpation sacrilège! C'est de cette confusion du civil et du religieux que provient l'embarras où nous nous trouvons à l'égard de l'ad-. mission des catéchumènes. » La conférence d'Aubonne parle encore, avec quelque amertume, de la main pesante que l'état étendait quelquefois sur les pasteurs. Sur ce point-là, nos lecteurs savent assez à quoi s'en tenir.

La dernière lettre échangée entre les correspondants, cette année là, nous paraît avoir résumé assez bien les impressions et les désirs de la Correspondance fraternelle au sujet de la situation de l'église dans le canton de Vaud. Cette lettre, datée de Rolle, 15 décembre 1828, est du pasteur Louis Burnier. Elle est divisée en deux parties, dont la première traite plus spécialement de la discipline ecclésiastique. M. Burnier constate que presque tous les correspondants sont d'accord sur le fait que la Parole de Dieu prescrit une discipline, et sur cet autre fait que cette discipline, quelle qu'elle soit du reste, n'existe pas dans ce qu'on appelle l'église du canton de Vaud. Mais ils diffèrent sur ce qu'il y a à faire actuellement. L'auteur de cette lettre, très forte, positive, logique, veut que l'on tire les dernières conséquences des principes et que, s'il faut une discipline d'après l'Ecriture, il la faut à tout prix, coûte que coûte! Les motifs de prudence humaine seraient de l'infidélité. Cependant M. Burnier se déclare embarrassé sur ce point En revanche, il ne l'est pas sur la seconde question qu'il traite et qui fait l'objet de la deuxième partie de sa lettre : l'absolue nécessité de travaillera l'indépendance de l'église, ou la séparation de l'église et de

Page 1