‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 14 sur 215 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

sants sont unanimes à confirmer la déclaration de M. Fivaz. Celui-ci repousse également l'accusation d'avoir reçu de l'argent pour avoir établi et propagé, dans la commune d'Orbe, la secte des mômiers.

Dans son réquisitoire, l'accusateur public près le tribunal d'Orbe, M. F.-L. Turtaz, s'applique à retracer la marche de la nouvelle secte. Elle a paru d'abord, dit-il, sous les dehors d une piélé modeste, mais elle est devenue souverainement intolérante et agressive ; elle refuse le nom de chrétiens à ceux qui ne reçoivent pas ses vues ! L'accusateur ne cherche du reste pas à pénétrer les causes probables de cette prétendue dégénérescence de la nouvelle secte; il ne se demande pas si l'intolérance de celle-ci ne serait point la conséquence de l'injustice de la loi ; s'il n'y a pas, dans les procédés excessifs reprochés à la dite secte, un effet naturel de la violence qui caractérise la loi? C'est, en outre, un procédé commode que d'accuser d intolérance, d'étroilesse, de fanatisme, les gens que l'on veut rendre odieux afin de pouvoir les frapper plus sûrement.

Cependant l'accusateur rend témoignage à M. Fivaz qui a su, dit-il, se faire aimer et estimer pendant les quelques années de sa suffragance pastorale à Orbe. Malheureusement, ce ministre a été visité par de prétendus missionnaires (Félix Neff entre autres) ; sa prédication s'en est ressentie ; des individus exailés ont quitté l'église nationale, et Fivaz, déchargé de sa suffragance, abandonne lui-même l'église, comme Chavannes, Juvet, Olivier, etc. B enlôt des jeunes gens, des jeunes filles surtout, sont livrés à la plus déplorable exaltation. « La loi du 20 mai, dit l'accusateur public, a voulu mettre un frein à ces scandales et à ces attaques ouvertes contre l'église nationale. Elle respecte les opinions des individus et laisse aux sectaires la liberté de célébrer leur culte chez eux et en famille (111); pourvu seulement qu'il n'y ail pas d'étranger à la famille (!).... Mais les sectaires sont des Pharisiens qui veulent être vus et remar-

qués(l). » Là-dessus M. l'accusateur public conclut contre chacun des prévenus à trois ans de bannissement et aux frais. Le tribunal, moins barbare, s'arrête à deux ans de bannissement pour Fivaz, qui avait présenté lui-même sa défense et celle de ses coaccusés ; à un an pour Mlle Junod, et aux frais pour tous solidairement.

Appel ayant été interjeté (10 décembre 1824), l'accusateur public en chef, M. Henri Bory, constata d'abord, dans son réquisitoire, qu'il y avait un nombre déplorable de procédures pour faits de contravention à la loi du 20 mai. Il blâma ensuite le juge informateur d'avoir adressé aux témoins et aux accusés beaucoup de questions qui étaient, semblait-il, une inquisition de curiosilé. Il s'efforça honnêtement de montrer les faits sous un jour favorable aux accusés. M. Fivaz avait respecté la croyance d'autrui ; des conversations religieuses n'étaient point interdites par la loi ; ce ministre n'avait jamais eu chez lui d'assemblées prohibées et le seul fait criminel mis à sa charge était d'avoir fait une simple prière! L'accusateur public concluait donc contre Fivaz à six mois de bannissement hors du canton ; contre MUe Junod à six mois également, mais hors de la commune d'Orbe, et contre tous les accusés solidairement aux frais. Devant le tribunal d'appel, de même que devant le tribunal de première instance, M. Fivaz avait lu un mémoire justificatif. L'arrêt définitif fut la libération des deux principaux accusés qui ne furent soumis chacun qu'au paiement d'un quart des frais du procès.

Lorsque la nouvelle de cetle libération arriva à Orbe, elle y fut reçue avec des signes non équivoques de mécontentement; un membre du tribunal alla même jusqu'à dire que, puisqu'on avait relâché Fivaz, ils pouvaient bien relâcher un voleur qui était détenu dans la prison de la ville!

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