‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 134 sur 215 · CHAPITRE XX.VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX.VII

selon la Parole de Dieu, comme ils le prétendent, ils éviteraient le double scandale de la désobéissance aux lois, du trouble et de la discorde qu'ils sèment dans les familles.

V. Que notre organisation ecclésiastique assignant à chaque paroisse des pasteurs légalement consacrés, plus à même, par leur expérience et de longues études, de diriger convenablement un troupeau, on ne peut admettre à s'ingérer dans leurs augustes fonctions des individus qui n'ont pas fait les épreuves prescrites et produit les témoignages authentiques, au vœu de l'ordonnance précitée.

Lenoir et la partie publique interjetèrent appel de la sentence prononcée par le tribunal.

Lorsque, après sa libération à Payerne, Alex. Lenoir avait quitté cette ville à la fin de janvier, des scènes tumultueuses avaient eu lieu à cette occasion. Lenoir avait été frappé de coups de bâton et de coups de pierre, jusque sur le char qui l'emmenait, et des huées l'avaient accompagné Le surlendemain, il rentrait chez lui à Villeneuve, pour y demeurer jusqu'au jour où le tribunal d'appel déciderait en dernier ressort de ce qui le concernait.

Ce fut le 8 avril que le tribunal se réunit. La veille de ce jour, il avait eu à s'occuper d'une autre contravention à la loi du 20 mai qui avait amené, à la barre du tribunal du district, un nommé Henri Rudolf, régent allemand à Payerne, et sa femme.

Le jour même où Alex. Lenoir avait été saisi dans une réunion religieuse, quelques personnes se trouvaient assemblées chez Rudolf et s'y occupaient de l'œuvre des missions chez les païens. C'était là une des nombreuses assemblées du premier lundi du mois. Le principal accusé, qui, selon toute apparence faisait profession de piété, paraît hésitant et craintif devant le juge de paix, tandis que sa femme se montre très décidée et très ferme.

Le juge avait précédemment défendu à celle-ci « non pas de prier, ni de chanter les louanges de Dieu, ce qui est une très bonne chose, mais bien de recevoir dans sa maison des rassemblements de sectaires prohibés par la loi du 20 mai 1824. » La femme Rudolf, qui dirigeait une école particulière, ne tint aucun compte de la défense du juge, et, le 5 janvier, un attroupement dispersa à coups de bâton la petite assemblée et cassa « pour douze batzen de vitres » dans la maison. Le tribunal de Payerne condamnait les jugaux Rudolf à une année de confination dans leur commune, Belmont sur Lutry, et aux frais. Mais l'accusateur public en chef invoqua, en faveur des Rudolf, que la réunion avait eu lieu le premier lundi du mois et que c'était une réunion pour les missions. Or, comme de telles réunions avaient lieu partout, même au casino de Lausanne sous la protection de l'autorité, l'accusateur infirmait le jugement du tribunal de Payerne et se contentait de proposer la peine de 50 fr. contre les Rudolf, parce qu'ils avaient eu chez eux plusieurs fois d'autres assemblées prohibées.

Après la plaidoirie de M. F. Burnier, défenseur des Rudolf, le tribunal d'appel libéra les accusés delà peine de la confination tout en les condamnant aux frais de la procédure.

Le lendemain, comme nous l'avons déjà dit, la cause d'Alex. Lenoir était évoquée par le même tribunal. L'accusateur public en chef s'éleva avec force dans son réquisitoire contre « ces dissidents désordonnés qui ne voient dans le monde qu'une chose, la religion, et dans la religion qu'une idée, la grâce; qui, ainsi, restreignent d'une manière si désespérante la portée de l'esprit humain 1 » Il les accuse d'être animés du a plus fougueux esprit de prosélytisme ; » et de ce que, « chose incroyable 1 ils nomment parmi nous des missionnaires à l'intérieur! » M. Bory ne comprend pas que l'on ait besoin d'apôtres de cette espèce et il prétend que leurexaltation devrait leur montrer à eux-mêmes qu'ils ne sont plus en état de suivre la raison. Il croit pourtant

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