CHAPITRE XXVIII
prit public, ni préparé l'invasion étrangère. Enfin, le journal des libéraux vaudois s'égaie un peu des arguments hétérogènes, des figures de fantasmagorie et des épouvantails employés parla Gazette. « Il n'y a pas de vraie liberté, dit-il en terminant, sans support pour toutes les convictions et sans un respect inviolable pour toutes les existences comme pour tous les droits. »
Le 13 mars parut, dans la Gazette, le fameux article attribué au landammann Muret et intitulé: A l'auteur d'une réponse sur les sectaires. M. Vinet ayant analysé cet article et l'ayant réfuté de main de maître dans ses Observations sur l'article sur les sectaires, c'est à ce dernier écrit de notre illustre compatriote que nous renverrons ceux de nos lecteurs qui éprouveraient le désir de se familiariser avec les arguments du premier magistrat du canton. Le Nouvelliste, dans son numéro du 24 mars, appelait la logique de M. Vinet, redoutable. En effet, elle mettait à nu les sophismes officiels de la Gazette. Vinet marchait à son antagoniste par la ligne droite d'un raisonnement franc et solide. La veille déjà, le Nouvelliste avait attaqué, pour son propre compte, l'article du landammann. Il lui reprochait une confusion de principes, des assertions erronées, des allégués trompeurs. Et comme M. Muret appelait la loi du 20 mai essentiellement protectrice, le Nouvelliste demandait pourquoi cette loi n'était pas mise à exécution à Vevey, à Rolle, à la Vallée, à Nyon, à Lausanne où avaient lieu des assemblées dissidentes? Il croyait enfin pouvoir signaler une perfidie dans le titre de la réponse du landammann, à cause des idées que le mot de sectaires ne manquait pas de faire surgir dans les esprits.
Bien que la brochure de M. Vinet soit entre toutes les mains,
nos lecteurs ne nous sauront pas mauvais gré si nous en transcrivons ici les dernières pages, tant elles sont frappées au coin du bon sens en même temps qu'empreintes d'une éloquence à la fois élevée et ironique. « Voyez, s'était écrié M. Muret, dans un mouvement d'indignation, ces quatre ou cinq individus qui, sans titre légitime, sans vocation, se constituent en pouvoir ecclésiastique au cœur de ce canton, érigent un sacerdoce, créent des églises nouvelles, délèguent des pouvoirs, nomment des missionnaires et des prédicateurs, les chargent d'aller annoncer l'Evangile, les arment contre une église qu'ils disent adversaire, et osent publiquement appeler le schisme et la désunion. » « Voyez, s'écrie à son tour M. Vinet, ces douze pêcheurs qui, sans vocation (humaine), sans titre légitime (aux yeux de la chair), se constituent en pouvoir ecclésiastique, érigent un sacerdoce, nomment des missionnaires et des prédicateurs.... Ces douze pêcheurs étaient les apôtres.
» Voyez ces quelques hommes qui, au 16e siècle, sans vocation, sans titre, se constituent en pouvoir ecclésiastique, érigent un sacerdoce... C'étaient nos glorieux réformateurs.
» Voyez dans tous les temps ces illustres champions de la lumière, qui, envoyés par eux-mêmes, sans aucun titre que celui qu'ils s'attribuaient, sont venus ériger parmi les hommes le sacerdoce de la vérité. Comment les ont appelés leurs contemporains? Comme Rome payenne avait appelé les apôtres, comme Rome papiste appela les réformateurs, comme vousmême appelez ces importuns sectaires. Ce que vous dites d'eux, on le disait de Paul, de Céphas, on le dit plus tard de Calvin et de Luther, on le dit de Ramus et de Descartes. Esprits turbulents, ambitieux, schismatiques, tels sont les noms qu'ils se sont légués, tels sont les titres que vous donnez à quelques-uns de vos concitoyens. Convenez que la ressemblance, à cet égard, est parfaite ; convenez que Paul, Céphas, Luther et les autres, ne paraissaient pas moins excentriques que vos sectaires ; con-