‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 139 sur 215 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

venez que leurs contemporains n'étaient pas moins sûrs de leur fait, en les blâmant, que vous en blâmant ces sectaires. En tout temps aussi, sous ce même titre de champion de la vérité, des insensés ou des imposteurs se sont élevés, ont produit la même impression que les nobles héros dont ils parodiaient le zèle, ont encouru le même décri. Même sort les a confondus, pour quelques jours, avec ces nobles témoins de la lumière. Mais enfin le temps a prononcé. Laissez prononcer le temps. »

Le docteur Miéville répliqua, dans la Gazette du 27 mars, à la brochure de M. Vinet. Il le fît avec peu de bonne foi, répondant à des raisonnements par une dénonciation et, comme s'exprimait le Nouvelliste au sujet de cet article, faisant du sceptre de l'autorité une béquille à la logique1, M. Vinet prit pour la seconde fois la plume et lança ses Nouvelles observations sur un nouvel article de la Gazette de Lausanne sur les sectaires 2.

Les articles de la Gazette avaient commencé le feu. « Tout le canton prit bientôt part à la querelle. Les préjugés, les inimitiés, les vengeances, les malédictions se rallumèrent de toutes parts contre les enfants de Dieu. Toutefois, les assemblées ne furent pas encore fermées, la curiosité y amena une quantité de personnes de toutes les classes. Les pasteurs dissidents prêchèrent encore quelque temps avec bénédiction et succès. On jeûna dans la plupart des églises vu l'importance des temps actuels 3.»

« Les gazettes, dit encore Fivaz, continuèrent leurs articles ; le Nouvelliste défendant la tolérance religieuse comme il avait pris la défense de toutes les libertés ; M. Miéville attaquant la

4 Nouvelliste. 31 mars.

* Baie. 1er avril.

3 Fivaz. Mémoires.

tolérance comme il est d'ailleurs l'ennemi de toutes les libertés, et, en dernier lieu, nous recevions de toutes parts une grêle de coups et de calomnies, car un article de M. Monnard provoquait de nouvelles insultes de M. Miéville. Nous sommes accusés de folie, de rébellion contre toute autorité légitime, d'être des perturbateurs du repos des familles, des suborneurs de la jeunesse, des ennemis des arts et des sciences, de former liaison avec les ennemis de notre patrie, etc., etc. Nous y passons pour faire la guerre à la religion de l'état, à la conscience et à l'âme de nos concitoyens; pour des destructeurs de tout sentiment naturel, etc., etc. Certes, M. Miéville avait beau jeu. Il tombait sur de pauvres enfants de Dieu écrasés par les lois, sans moyens de défense, maudits de tous et qui s'étaient fait une loi de garder le silence et de rejeter tout appui humain pour attendre de Dieu seul leur secours. Un professeur, des ecclésiastiques se joignirent à lui pour prouver avec un ton plus modéré, il est vrai, que nous étions indignes de la tolérance et du support du gouvernement et de tout le peuple. En un mot, jamais nous n'avions eu une guerre plus générale contre les enfants de Dieu, contre la Bible et contre la tolérance religieuse. »

La seconde brochure de M. Vinet, toute pleine de vérités lumineuses et sans réplique, fut favorablement accueillie par tout ce que le canton renfermait de gens honnêtes et sincères, amis du repos et du bonheur de leur pays. Tout en établissant l'obéissance qui est due aux lois et aux magistrats, M. Vinet faisait voir quelles étaient les bornes des lois humaines et de la puissance des magistrats ; il montrait que la conscience relevant de Dieu, c'était à lui seul que l'homme devait rendre compte de sa foi et du culte qu'il croyait devoir lui rendre, et que, comme

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