‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 140 sur 215 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

personne n'a le droit de ra'obliger à croire ce qu'il croit et à servir Dieu à sa manière, je n'ai aucun joug à imposer, à cet égard, sur la conscience de personne, etc.

Le 10 avril, le Nouvelliste vaudois renfermait un article signé C. Monnard et consacré à l'étude des deux brochures de Vinet. M. Monnard voulait disculper son célèbre ami des accusations passionnéeset déloyales dont celui-ci avait été l'objet. 11 aurait cependant préféré le mot de révolution à celui de révolte, comme plus exact et moins offensif1. Du reste, M. Monnard approuvait pleinement les Nouvelles observations « si pleines de logique, si éloquentes de raison et de christianisme, si puissantes par la grandeur des idées morales, assaisonnées d'une raillerie si spirituelle et de si bon goût ! » Chemin faisant, l'auteur que nous citons proteste contre la tactique déloyale qui consiste « à confondre les partisans ou les membres d'une secte et les défenseurs de la liberté religieuse.» Il se montre, à tort, croyons-nous, assez vert à l'égard des dissidents qu'il appelle « une secte dont une partie prétend renfermer toute la vie de l'esprit et, peu s'en faut, toute l'activité humaine dans trois ou quatre dogmes favoris et emprisonner la pensée dans unténébreux cachot intellectuel. »

Le rédacteur de la Gazette répondit, le 17 avril suivant, aux articles publiés par MM. Vinet et Monnard. M. Miéville voyait, dans la brochure de M. Vinet, de grandes beautés el de graves erreurs, et, pour réfuter ces dernières, il déclarait vouloir s'attacher aux sommités (sic). M. Vinet ayant dit qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, le docteur-publiciste répond: «Oui ! quand Dieu a parlé. Mais je n'ai pas encore appris que Dieu se soit révélé aux sectaires.» Aux yeux de M. Miéville, ce qui est « véritablement désordre et désordre public, c'est l'érection d'une église nouvelle, c'est un prosélytisme avoué, c'est une mission

' Allusion à la fameuse proposition des Observations : « C'est de révolte en révolte (si l'on veut employer ce mot) que les sociétés se perfectionnent, que la civilisation s'établit, que la justice règne, que la vérité fleurit. »

publiquement donnée, ce sont ces sacrements administrés, ces enfants arrachés aux écoles, ces nouveaux-nés baptisés chez des marchands de vin.... » A M. Monnard, qui avait réclamé la liberté religieuse, le rédacteur de la Gazette répond : « Si la liberté des cultes est entière, je ne pense pas qu'on puisse abuser de cette liberté en violant les lois existantes. Voilà le point d'arrêt. » A la rigueur, M. Miéville aurait accordé cette liberté pour les Mahométans, pour les Juifs et pour les déistes. Quant aux sectaires, il en est qu'il loue ; chez d'autres, peut-être qu'un peu d'orgueil perce à travers les trous du manteau ; mais, c'est, dit-il, le triste apanage des sectes. « S'ils réfléchissent, ils comprendront que la religion nationale suffit à nos besoins, à nos consolations dans le malheur, à nos espérances sur le bord de la tombe, etc. »

M. Monnard, pour ne pas demeurer en reste avec M. Miéville et la Gazette, répondit, quelques jours après, par un article piquant et ironique inséré dans le Nouvelliste l.

La presse étrangère s'émut à la nouvelle des faits d'intolérance dont le canton de Vaud était de nouveau le théâtre et dont le gouvernement lui-même, ce protecteur-né de la liberté des citoyens, semblait être l'ardent instigateur.

Les Archives du chistianisme consacrèrent, comme on pouvait s'y attendre, de nombreux et excellents articles à l'histoire religieuse contemporaine dans le canton de Vaud. Elles blâmèrent énergiquement les mesures violentes prises par les inquisiteurs vaudois, et elles s'empressèrent d'insérer dans leurs colonnes une protestation de soixante-six pasteurs français réunis à Paris (4 mai 1829), contre l'intolérance vaudoise 2.

1 Conférer également le Journal des Déliais ;'i cette date.

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