‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 141 sur 215 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Bien plus, le Globe, ce journal français libéral, mais nullement sympathique au mouvement religieux considéré en luimême, le Globe, que nous avons déjà vu prendre en main la cause de la tolérance dans le canton de Vaud, consacra, sous la rubrique : Liberté religieuse, un long article à la nouvelle persécution contre les mômiers.

« L'intolérance religieuse, chassée des grands états de l'Europe, semble s'être réfugiée dans l'une des petites républiques dont la confédération suisse se compose, sur les bords du lac de G-enève. Tandis que tous le> gouvernements éclairés ont renoncé à l'absurde prétention de régler les croyances des peuples,... le canton de Vaud, état protestant, républicain, d'une origine toute démocratique, élevé d'hier à la liberté et à l'indépendance, appelle la force à l'appui de l'église nationale, et réprime les dissidents par des arrêts de tribunaux. Défenseurs que nous sommes de la liberté des opinions et des cultes, c'est pour nous comme un devoir de dénoncer cette nouvelle tyrannie : pour la couvrir de ridicule, il n'est besoin que de la signaler.

... Le conseil d'état du canton de Vaud a cru de son devoir d'empêcher le schisme; il s'est armé de tous les vieux prétextes d'ordre public, d'unité de culte, de droit de gouvernement, et, détruisant toute liberté religieuse, il a provoqué contre les mômiers une loi qui prohibe les réunions pour matière de culte, même dans une maison fermée, etc.

Dans deux brochures pleines de talent , non moins remarquables par leur modération que par leur force, M. Vinet a défendu, non pas les opinions, mais les droits des mômiers, et revendiqué pour eux le privilège de tout citoyen libre, le droit de choisir son culte et de pouvoir, sans pécher contre la morale, désobéir à des lois qui enchaîneraient cette liberté naturelle. Rien de plus prudent, de plus mesuré que les brochures de M. Vinet... La pitoyable argumentation de la Gazette ou du gouvernement était au-dessous de toute réponse. L'interprétation la plus malveillante ne saurait y découvrir (dans les brochures de M. Vinet) aucune proposition criminelle. »

Le Globe terminait cette virulente critique par un blâme vigoureux adressé à la tyrannie de ménage du conseil d'état du canton de Vaud 1 .

4 Globe VU; 6 mai.

Avant même d'avoir pu prendre connaissance de cesjugements de journaux étrangers, la Gazette de Lausanne s'était montrée très sensible aux observations antérieures présentées par les Archives. « Les journaux étrangers, disait le défenseur officieux du gouvernement vaudois, représentent le canton de Vaud comme animé d'un affreux esprit d'intolérance. On viole le domicile de gens honorables qui ne trouvent pas dans l'église nationaletout ce qu'il faut à leur âme, etc., etc. » Le correspondant de la Gazette trouvait, et avec raison, ces accusations graves, mais comment y répondait-il ? « Si les sectaires avaient imité les moraves, piétistes et quiétisies, etc., dont, depuis fort longtemps, des congrégations existent dans le pays, gens prudents et humbles, il n'y aurait point eu de violences. Il fallait faire comme les susnommés qui vont au temple, etc.; seulement, ils ajoutent quelques exercices religieux privés à ce qui leur manque, etc.1 » Voilà qui est admirable de raisonnement et de naïveté ! Malheureusement, les mômiers avaient eu l'imprudence de vouloir d'une liberté religieuse un peu plus réelle, un peu plus complète, et ils ne devaient s'en prendre qu'à eux-mêmes s'ils étaient devenus ainsi les victimes du peuple appuyé et excité sous main par le gouvernement.

Sur ces entrefaites, le gouvernement vaudois, estimant que la brochure de M. Vinet, intitulée : Observations, etc., renfermait divers passages contraires à l'ordre public, le landamman en charge, M. Secretan, adressa une plainte au juge de paix de Lausanne afin qu'il informât sur cette brochure publiée sans nom d'auteur, d'éditeur, ni d'imprimeur. Conformément à

1 Gazette, 23 avril. N° 34.

Page 1