‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 146 sur 215 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

nous. Si M. Miéville et les auteurs de ces lettres et de ces placards ne nous ont pas fait tout le mal qu'ils ont voulu, c'est au Seigneur que nous devons en rendre grâces, car ils ont exaspéré notre peuple au plus haut degré. Si le frère Olivier et moi, nous eussions traversé le marché, le samedi 18 avril, il y allait de nos vies. Je m'attendis tout le jour à être assailli dans ma maison, et à voir ma femme, mes enfants et moi-môme, le jouet d'une populace furieuse1.»

Les mesures prises par le gouvernement contre les assemblées religieuses ne le furent pas seulement à Lausanne. Le conseil d'état ordonna de même aux juges de paix d'Yverdoo, Vevey, Rolle et à d'autres encore de faire fermer les lieux d'assemblées. Nous avons déjà vu comment le juge de paix de Lausanne se conduisit. M. Curchod agit avec la même bonté envers l'église de Vevey. Il en fit supplier les membres, par deux personnes, de ne pas se réunir le jour de Pâques chez M. Durand. Il se désolait de ne pouvoir obtenir leur consentement ; il allait se voir forcé de mettre deux gendarmes à la porte du local des assemblées, lorsque M. Durand arriva de voyage et accorda au juge de paix sa demande. Qu'y avait-il à faire contre la force? L'église se réunit également le lendemain dans une campagne à demilieue de la ville, du côté de Corsier.

A Rolle, voici ce qui se passait. Le 19 avril au matin, le syndic faisait appeler auprès de lui Aug. Rochat et lui déclarait que, s'il ne lui promettait pas qu'il n'y aurait aucune assemblée chez lui ce jour là, il avait ordre de placer à sa porte un piquet de soldats pour empêcher les gens d'entrer chez lui. « J'ai réfléchi, écrit Rochat, après un moment de discussion, qu'il me semblait impossible de résister à la force et inutile de laisser mettre le piquet à ma porte. D'ici à dimanche, je m'informerai si l'on a

1 Fivaz. Mémoires.

le droit de barrer le domicile d'un citoyen. Gomme j'ai craint que le syndic n'allât donner à ma promesse plus d'extension que je ne lui en ai donnée, je lui ai écrit le billet suivant, au cas qu'on voulût répandre dans le public de faux bruits sur cette affaire. C'est le temps ou jamais de prier et de se confier. Il y a de grandes promesses; il ne faut qu'y avoir foi. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Souvenons-nous des Israélites enserrés entre Pharaon et la mer Voici la lettre adressée par Rochat au syndic de Rolle :

« Désirant, M. le syndic, éviter toute équivoque entre nous et tout faux bruit qui pourrait se répandre dans le public, au sujet de l'assurance que je vous ai donnée ce matin, quant à l'assemblée qui devait avoir lieu chez moi, je viens vous répéter par lettre ce que j'ai eu l'honneur de vous dire de bouche, c'est que je ne renonce que pour aujourd'hui seulement à avoir une assemblée et seulement à l'avoir chez moi, n'ayant pris aucun engagement de n'en pas tenir ailleurs ; je n'y ai consenti que sur l'assurance que vous m'avez donnée, que vous aviez ordre de la municipalité de faire placer des gardes à ma porte pour empêcher les gens d'entrer chez moi. Je pense que cette explication préviendra toute équivoque. Recevez, M. le syndic, l'assurance du respectueux dévouement de votre obéissant serviteur.

Rolle, le 19 avril 1829.

A. Rochat, ministre.

La municipalité de Rolle communiqua la lettre de Rochat au conseil d'état, et, le 26 avril, ce pasteur recevait du juge de paix la missive suivante : « Monsieur, le conseil d'état, par sa lettre d'hier, reçue aujourd'hui dimanche, me charge de vous faire savoir, monsieur, que si vous contrevenez à la loi du 20 mai 1824, vous serez poursuivi aux termes de cette loi.»

M. L. Rurnier raconte, à cette occasion, que ce fut à partir de ce moment que Rochat rompit complètement et sans retour avec le culte officiel. Il lui était impossible d'assister au culte d'une église qui persécutait les enfants de Dieu. Cette assertion

1 Fivaz. Mémoires.

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