CHAPITRE XXIX
de Rochat froissa d'abord M. Burnier, qui reconnut et avoua plus tard lui-même, que ta persécution était bien réellement du fait et des conducteurs de l'église nationale et d'une bonne parlie de ses membres l.
A Yverdon, les affaires prirent une tournure plus grave encore. L'enfant d'un M. Simond avait été baptisé chez le Dr Develey, où s'assemblait l'église dissidente dont Lardon était le pasteur. De là, tout naturellement, une procédure correctionnelle pour contravention à la loi du 20 mai. A l'audience du juge de paix, les trois inculpés et un diacre de leur église, également traduit en justice, refusent tous unanimement de répondre aux questions qui ont trait au baptême prémentionné et aux actes intérieurs de l'église dissidente d'Yverdon. Ils ne veulent pas que le magistrat pénètre dans ce qu'ils regardent comme des actes relevant de leur conscience seule. Ils déclarent cependant se soumettre absolument aux autorités dans tous ceux de leurs ordres qui ne rencontrent point d'opposition dans l'obéissance due à Dieu.
Traduits devant le tribunal de première instance, les inculpés refusent également et péremptoirement de répondre aux questions qui leur sont posées par la commission d'enquête du tribunal. A ce propos, le Dr Develey s'étend longuement sur son droit au silence, entremêlant tout cela de dissertations assez confuses sur Pilate, Ca'ïphe, le règne de mille ans et Satan lié.
Lardon., de son côté, dépose une longue et solennelle déclaration écrite et datée de Nyon, 23 avril 4829, dans laquelle il constate qu'il prêche et administre les sacrements. Il fait cette déclaration, afin, dit-il, de ne pas paraître manquer, même légèrement, soit à la franchise, soit au respect dû aux supérieurs.
1 L. Burnier. Notice sur A. Rochat, pag. 146, 147.
La preuve légale du baptême n'étant pas intervenue au procès, les accusés ne pouvaient être convaincus du délit. Le jugement rendu par le tribunal d'Yverdon renvoyait donc absous MM. Develey et Lardon, et c'est là, également, ce qu'admit en appel, l'accusateur public en chef1. Ainsi se termina ce nouveau procès, et le gouvernement en fut pour ses frais d'enquête.
Le conseil d'état ayant ordonné des poursuites contre les signataires de la lettre qui accréditait Lenoir comme missionnaire, l'enquête eut lieu simultanément à Vevey, d'où cet acte était daté, à Lausanne et à Beaulmes, comme chefs-lieux de cercles où plusieurs des signataires se trouvaient domiciliés. Le tribunal de Vevey était chargé de l'ensemble de la cause. Charles Rochat, l'un des principaux accusés, était absent du pays depuis un mois. A Vevey, Et. Durand fut, en général, très sobre de paroles, silencieux; il déclarait que l'on avait déjà suffisam ment et même trop parlé ; que l'on ne cherchait que de prétendus coupables et qu'il ne deviendrait pas le dénonciateur de ses frères. A Lausanne, M. Henri Olivier fut plus expansif. Le juge de paix informateur se montra plein de loyauté. Il interrogea Olivier sur sa signature, sa charge de pasteur, ses relations avec l'église de Vevey. Le conseil d'état, ne s'estimant pas suffisamment édifié sur certains points, fit comparaître une seconde fois M. Olivier devant le juge qui lui demanda des explications sur la location, faite en son nom, de l'appartement Creux. A Beaulmes, Werly se montra très défiant.
La procédure ayant été trouvée suffisamment instruite par le tribunal d'appel, l'accusateur public de Vevey prit ses conclusions, savoir, contre Ch. Rochat, un mandat d'amener; contre
1 25 août 1829.