‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 158 sur 215 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

montra en terminant que la grande question en jeu était celle de la liberté d'enseignement. Nos lecteurs nous sauront gré de placer sous leurs yeux cette dernière et éloquente partie du discours de 1'éminent professeur:

« La liberté d'enseignement ! Ce n'est pas là un de ces vains mots qu'on jette dans les airs. La liberté d'examen est le principe vital de la recherche et de la communication de la vérité. La vérité ne se donne point d'après les ordres de messieurs tels et tels qui voudraient s'ériger en papes et en conciles; elle s'obtient au prix des efforts libres de la raison individuelle, qui ne reçoit de loi que d'elle-même; méconnaître la liberté de la raison, la liberté d'examen, c'est méconnaître la liberté d'enseignement, c'est proscrire le culte de la vérité, et vouloir que l'instruction soit confiée à des hypocrites. Eh bien ! chez nous, la liberté d'enseignement a été anéantie le 24 avril 1829. Ce jour-là, le conseil d'état s'est arrogé un droit de justice administrative sur les opinions et l'enseignement; car, puisqu'il m'a éloigné de ma carrière pour une participation matérielle, plus ou moins éloignée, à la publication des opinions d'un tiers, à plus forte raison eût-il sévi de même si j'avais professé ces idées dans un cours public. Dans le pays le moins républicain, dans les états monarchiques de l'Allemagne, la liberté d'enseignement est respectée. En France, sous le ministère de MM. de Villèle et de Corbières, qui s'entendaient pourtant en justice et en puissance administrative, les professeurs de Paris dont les opinions déplaisaient au ministère n'étaient ni suspendus ni destitués; on leur interdisait de donner leur cours; encore déguisaiton cette violation du principe sacré de la liberté de l'enseignement. Et dans le canton de Vaud cette liberté vient d'être anéantie ! et cela dans le temps même où don Miguel chassait d'une université les professeurs dont les opinions lui déplaisaient.

» Très honorés messieurs, s'il est un pays où l'enseignement ait besoin d'être soutenu, c'est le nôtre, parce que de tous les pays civilisés de l'Europe, de tous les cantons de la Suisse, le nôtre est uu de ceux où les professeurs sont le plus mal payés : douze-cent quatre-vingt-quatre francs six batz par an, voilà ce que je recevais en dernier lieu de l'état; encore a-t-on annoncé il y a peu de jours, au sein de cette assemblée, une diminution dans les pensions pour l'année prochaine. Certes, ce n'est pas avec un pareil salaire qu'on peut vivre et élever sa famille dans une ville où les objets de première nécessité sont si dispendieux. Il faut un profond attachement à son pays pour ne pas chercher ou accepter ailleurs des

conditions tout autrement avantageuses. Et que deviendra l'enseignement si vous ne vous empressez pas de rendre aux hommes qui s'y consacrent la sécurité dans le dévouement '? »

Dans la discussion qui suivit ce remarquable discours, la plupart des orateurs, tout en traitant sévèrement les vues exprimées par M. Vinet et la manière dont M. Monnard s'était prêté à leur diffusion par la voie de la presse, blâmèrent le conseil d'état de la précipitation et même de la passion qu'il avait apportée dans toute cette affaire. Le conseil d'état n'en persévéra pas moins dans la voie qu'il avait adoptée L'affaire entamée se poursuivit longtemps encore, donnant lieu à beaucoup de discussions et de correspondances dans les journaux. M. S. Clavel, membre du conseil académique, se distingua encore une fois par l'énergie de ses protestations contre la suspension de M. Monnard. Enfin, le 1er septembre 1829, parut l'arrêté suivant du conseil d'état:

Art. 1er. M. Alexandre Vinet, ministre impositionnaire, sera privé, pendant deux ans, de la faculté de demander un poste ecclésiastique dans le canton de Vaud.

Art. 2. M. le ministre Charles Monnard sera pareillement privé de la même faculté pendant une année.

De plus, le dit M. Monnard demeurera suspendu pendant le même temps, échéant au 1er septembre 1830, de ses fonctions de professeur de littérature française dans l'académie de Lausanne.

Art. 3. Le présent arrêté sera notifié à M. Alex. Vinet par l'intermédiaire de l'académie et à M. Ch. Monnard, par le conseil académique.

Il sera, de plus, communiqué aux doyens des quatre classes.

Donné sous le sceau du conseil d'état, etc.

Le landammann en charge, Bourgeois.

(L. S.) Le chancelier,

Boisot.

Cet arrêté était à peine connu que Ses journaux suisses et étrangers se firent à l'envi les échos du blâme général que ren-

' C. Monnard. Session de 1829 du grand conseil, pag. 428-430.

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