CHAPITRE XXXI
contrait la mesure prise par le pouvoir exécutif dans le canton de Vaud. M. Monnard se plaignit amèrement dans le Nouvelliste de ce que son traitement de professeur eût été injustement supprimé pour un an. A l'exemple de l'académie, le conseil académique adressa au conseil d'état une réclamation contre la suspension de ce professeur. M. Vinet, de son côté, communiqua au public, paria voie de la presse, la défense qu'il avait présentée lui-même devant le tribunal de district et la cour d'appel.
L'Essai sur la conscience et sur la liberté religieuse « est peutêtre, dit l'un des biographes de Vinet, l'écrit le pius judicieux, le plus clair et le plus éloquent qui soit sorti de sa plume
Cet ouvrage est divisé en deux parties dont la première renferme une apologie des Observations qui avaient servi de prétexte aux mesures arbitraires et violentes du gouvernement, et dont la seconde est une discussion et une réfutation des doctrines renfermées dans le rapport présenté au grand conseil par le conseil d'état, le 30 mai précédent. Cette seconde partie ne se trouvait pas dans la défense présentée devant les tribunaux. Quiconque lira avec attention et avec un esprit de justice et d'impartialité cet admirable plaidoyer, sera, nous le pensons, pleinement d'accord avec le jugement que portait sur V Essai nouvellement paru l'un des plus chers amis d'Alex. Vinet, M. Alexis Forel : «Tout (dans l'écrit de Vinet) est si substantiel, si précis, si fortement enchaîné, qu'il est presque impossible d'avoir recours à l'analyse2.» En effet, pour rendre réellement justice à la publication de notre illustre compatriote, il faudrait tout citer. Nos lecteurs comprendront que la chose soit impossible. Qu'é-
* Schmld. Article sur Alex. Vinet. (Encyclopédie de Herzog.).
* Nouvelliste vaudois, N° 102, 4 décembre.
tait-ce, aux yeux de Vinet, que la liberté des cultes, sinon la double liberté pour les uns de dire leur pensée, pour les autres de se rassembler afin de l'entendre? Qu'était-elle si ce n'est la réunion des deux autres droits sans lesquels le gouvernement représentatif serait impossible, nous voulons dire la liberté d'association et la liberté de la presse?.. «La liberté des cultes, disait encore Vinet, existe en France, en Angleterre, aux Etats-Unis. Il est étrange en présence de ces faits, que les défenseurs de la liberté de conscience dans notre pauvre petit pays, courent encore le risque d'être accusés d'idéologie, de goût pour les utopies, et qui pis est d'exaltation ! »
Le mémoire justificatif présenté par le conseil d'état soutenait une thèse contraire à la liberté et s'étayait des arguments qui avaient le plus cours dans notre pays, contre l'établissement de la liberté de conscience. Le remarquable plaidoyer de Vinet satisfit pleinement à la juste impatience de ceux qui attendaient une réponse au rapport du conseil d'état, et la vigoureuse dialectique de l'auteur de YEssai réduisit à néant les sophismes officiels. Citons-en quelques exemples:
Le Rapport avait émis l'étrange proposition que c'est confondre l'essence des choses que de conclure de la liberté de conscience à la liberté des cultes.
Vinet répond :
« Ce qui me frappe d'abord, c'est que rien n'empêcherait d'étendre cette maxime à plusieurs cas analogues, et d'anéantir ainsi, l'une après l'autre, toutes les libertés. On pourrait les réduire toutes à des actes internes, immatériels, métaphysiques, jusqu'à ce que l'homme fût descendu à l'inactivité extérieure la plus absolue. Comme on réduit la liberté des cultes à celle de la conscience (qui n'est dans le sens du Rapport, q;;e la liberté de croire), on pourrait réduire la liberté de la presse à ceile de la pensée intime, et la liberté de l'action à celle de la volonté, et après avoir ainsi pétrifié la société, on ferait encore de belles protestations de respect pour toutes ces libertés exténuées et illusoires. Il faut avouer que, s'il n'y avait pas là une inconcevable préoccupation, on se-