‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 161 sur 215 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

» Mais laissons de côté cette expression si mal appliquée, cherchons à évaluer le crime qu'on leur reproche.

» Ils accusent toute l'église nationale d'être anti-chrétienne. Je suis décidé à ne pas discuter le fait, d'abord, parce que je n'ai point sur ce sujet des renseignements suffisants, ensuite parce qu'il ne change rien aux principes, qui doivent seuls m'occuper ici. J'admets que les sectaires accusent toute l'église nationale comme anti-chrétienne.

»Eh bien! ils portent un jugement faux, voilà tout; ils se trompent, plaignons-les.

» Que fait leur jugement à la réalité de la chose?

» Qu'importe qu'ils nous jugent mauvais chrétiens, si nous sommes assurés du contraire? Mais c'est une insulte, dira-t-on. Non, ce n'est pas une insulte; car être chrétien n'est autre chose, humainement parlant, qu'avoir embrassé un certain système; n'être pas chrétien, c'est en avoir embrassé un autre? D'ailleurs on sait que chez les personnes qui s'occupent habituellement de religion, la délicatesse de tact spirituel devient telle que, pour une simple nuance, elles accusent leurs semblables d'hétérodoxie. Cette intolérance n'est-elle pas commune à tous les systèmes de morale, de politique et même de littérature? J'accorde qu'il y a quelque chose de particulièrement grave à nier le christianisme d'un individu ou d'une église. Mais quiconque pense avoir reçu de Dieu des gages d'adoption, quiconque s'envisage comme fondé à jamais sur le rocher des siècles, ou, simplement, quiconque est assuré d'avoir trouvé la vérité qui sauve, sera bien indifférent pour ces jugements téméraires et tranchants. Il sait trop que rien de semblable ne peut lui nuire ; et quand son père lui dit: Tu m'appartiens, il se soucie peu que de pauvres humains lui disent: Vous ne lui appartenez pas.

» Chose vraiment étrange! Nous avons, non pas à nos portes, mais au milieu de nous, au nombre de nos compatriotes, des hommes qui professent publiquement, journellement, que hors de leur église il n'y a point de salut, et que nous sommes tous de malheureux hérétiques. Ce n'est pas là un abus ou un accident de leur religion; leur religion consiste à le croire et à le dire; et s'ils se relâchaient sur ce point, ils cesseraient par là même d'être ce qu'ils sout, je veux dire catholiques. Eh bien ! nous les supportons au milieu de nous, et, je le répète, nous payons de nos deniers des curés pour leur enseigner ces belles choses. D'où vient que nous traitons beaucoup plus mal nos dissidents? Est-ce qu'au bout du compte le catholicisme n'est pas plus faux à nos yeux que le méthodisme (si toutefois méthodisme il y a); est-ce que le papisme

n'est pas précisément l'antipode du protestantisme? Pencherions -nous par hasard pour cette religion qui fut un objet de si grande abomination pour nos ancêtres que, pour l'abandonner, ils sacrifièrent sans hésiter leurs biens, leur repos, leur vie? La métamorphose serait étrange, et tout à fait inattendue. Ah! me réplique-t-on avec une gravité que je ne puis assez admirer, il y a une grande différence : Ce culte catholique est garanti par la constitution à certaines communes de notre pays. C'est encore une fois conclure abusivement du fait au droit. Nous avons vu plus haut le Rapport établir que, quand on a cessé de jouir, on n'a plus le droit de jouir. Un tel raisonnement est d'un genre très singulier. Mais qu'il vaille ce qu'il voudra, toujours est-il prouvé par le fait, que le grand principe qui veut que l'état ne tolère pas les églises intolérantes, peut subir des exceptions; car l'église catholique est tolérée. Qu'on me fasse voir pourquoi l'église des dissidents ne peut pas l'être aussi bien.

> lis voudraient, dit encore le Rapport, la discipline de l'église. Cette inculpation est remarquable. Ils voudraient, en bon français, équivaut à ils désirent. Voilà donc un désir érigé en acte ; voilà une opinion transformée en crime! Mais supposons qu'ils veuillent positivement quelque chose, et que même ils l'aient réalisé parmi eux: Que veulent-ils? qu'ontils essayé de réaliser? La discipline de l'église! Apparemment de Y église chrétienne, puisque le Rapport n'ajoute rien. Eh bien! s'il en est ainsi, au lieu de les blâmer, il faut les imiter; car la discipline de l'église chrétienne doit être pour nous, aussi bien que pour eux, une institution respectable et obligatoire. Quelle singulière inculpation: Ils veulent la discipline de l'église ! c'est-à-dire qu'ils veulent une institution chrétienne, et que nous ne la voulons pas ! Mais alors qu'est-ce que notre église nationale, qui repousse les institutions de l'église chrétienne?

> Continuons. « Ils voudraient la discipline de l'église, c'est-à-dire, son indépendance absolue de l'ordre civil. » Je ne saurais dire si l'un se conclut nécessairement de l'autre; mais j'avoue que, s'ils veulent, comme on le dit, que l'église soit absolument indépendante de l'ordre civil, ils veulent une chose infiniment raisonnable. Je suis même fâché qu'ils aient sur nous l'initiative de cette découverte. Mais quand cette prétention serait aussi déraisonnable qu'elle me paraît censée, je ne vois pas comment elle pourrait motiver l'interdiction de leur culte. Laissons-les se régler d'après leurs principes, réglons-nous d'après les nôtres; il leur faut une église disciplinée, ayons-en une qui ne l'est pas; ils veulent un culte indépendant, ayons un culte national ; ils ont des pasteurs qu'ils

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