‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 17 sur 215 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

C'est à Moadon, semble-l-il, qu'eurent lieu les premiers désordres que la loi du 20 niai devait nécessairement provoquer; nous avons déjà dit pourquoi nous n'en avons pas fait plus tôt l'historique.

Vers le milieu de juillet 4824, le lieutenant du conseil d'état à Moudon, apprend qu'il doit y avoir un rassemblement de sectaires, dits momiers, chez un certain Jaquiéry, et que 1 'ex-ministre Juvet doit être chez la dame Jordan- Veyre. En conséquence, il envoie aux informations un assesseur de paix. Celui-ci trouve chez Mme J. deux dames qui tricotent et deux messieurs, des amis d'enfance; chez Jaquiéry, la femme et ses enfants. Mais la bible est ouverte sur la table. C'est M. Juvet qui en a lu deux chapitres aux enfants et les a exhortés sur leurs devoirs (sic). Tel est, en substance, le rapport fait par le lieutenant au juge de paix auprès duquel Juvet, sortant de chez Jacquiéry, et saisi au collet avait été conduit. Une enquête fut donc faite sur les réunions tenues par Juvet et sur les attroupements qui en étaient la suite devant la maison de la dame Jordan-Veyre.

Quelques jours plus tard, une scène vraiment horrible provoquait l'indignation du conseil d'état lui-même. Nous en trouvons les détails suivants soit dans l'enquête judiciaire, soit dans la plainteadressée par Mme Jordan à l'autorité supérieure du canton.

Un jour donc, une populace furieuse, conduite et excitée par un municipal qui disait qu'il fallait tuer Mnie Jordan, enfonçait la porte de la maison de celle-ci. On accusait cette dame de tenir caché un jeune homme qu'elle voulait crucifier (M). Au milieu du désordre, et grâce à l'obscurité de la nuit, Mme Jordan allait réussir à s'esquiver, lorsqu'elle fut saisie sur un petit pont par quelques hommes qui y étaient en sentinelle et jetée dans le

ruisseau. Elle put heureusement se retenir à une planche et échapper ainsi au danger très réel qu'elle courait. Mais pendant ce temps, la populace continuait à fouiller la maison du haut en bas, brisant et cassant tout ce qui lui tombait sous la main, et se livrant à des actes de honteux vandalisme. La nuit était déjà fort avancée lorsque Mme Jordan parvint à rentrer dans sa demeure dévastée. Elle y venait pour mettre ordre à ses affaires, car le juge de paix l'ayant découverte dans son refuge, lui avait ordonné de quitter la ville. C'était le 27 juillet, à une heure du matin et au milieu des débris qui remplissaient sa maison, que Mme Jordan adressa au conseil d'état une plainte que terminait cette véhémente apostrophe : « Bon Dieu ! magistrats de mon pays, est-il vrai que ce sont là vos ordres secrets ! ? »

Le conseil d'état répondit immédiatement à Mme Jordan qu'il ordonnait une enquête sans ménagement pour qui que ce fûL Constatons à la louange de l'autorité supérieure que, dans ce cas du moins, elle se montra juste. Que ne l'avait-elle toujours été auparavant et pourquoi ne le fut-elle plus dans d'autres cas tout semblables! Il est vrai qu'ici l'accusation dirigée contre Mme Jordan-Veyre était par trop révoltante. Aussi le dossier du procès porte-t-il simplement le titre de désordre à Moudon, et non pas celui de contravention à la loi du 20 mai.

L'enquête ordonnée par le gouvernement eut lieu, et, chose curieuse 1 le tribunal se montra bien moins porté à la justice que le conseil d'état ! Evidemment, il y avait là des influences locales qui ne se faisaient que trop sentir parmi les membres du tribunal. Quinze personnes accusées de voies de fait et de violence avaient été mises en état d'arrestation. Leur défenseur était M. l'avocat Pellis. L'accusateur public concluait contre ces quinze prévenus, aux frais de détention et solidairement à ceux du procès. Mais le tribunal, « considérant entre autres que les violences commises ont eu pour but de venger le public de l'inquiétude et du mécontentement qu'il éprouve à l'aspect des mouvements et de

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