CHAPITRE XXXIII
Pour donner un corps à toutes les idées échangées depuis des années entre les correspondants sur h discipline, sur l 'église extérieure d'après la Parole de Dieu, sur la séparation, sur le catéchuménat, etc., M. le pasteur F. Décoppet se livra alors à un travail sérieux et approfondi dont il consigna les résultats dans une longue lettre de vingt-huit pages grand in-4 Sans doute l'auteur de cette étude si remarquable en elle-même et relativement au moment où elle était faite, n'entrevoyait pas encore toutes les conséquences qu'entraînerait nécessairement après lui le principe d'une discipline ecclésiastique biblique et d'une vie propre de l'église, lorsqu'un jour ce principe serait véritablement proclamé et mis en œuvre ; néanmoins, il y avait là une affirmation de vérités primordiales pour la constitution de l'église, qui devait porter plus tard ses fruits. Malheureusement, le désir exprimé par plusieurs correspondants de voir le travail de M. Décoppet livré au public par la voie de la presse ne fut pas satisfait. Une telle publication aurait, pensons-nous, contribué efficacement à attirer sur ces graves questions l'intérêt et l'attention du pays. Enseveli dans les cahiers de la Correspondance fraternelle, il a subi le sort de tant de bonnes idées, que l'esprit craintif et temporisateur du clergé vaudois a trop souvent cachées sous le boisseau.
Le moment était critique assurément, et les événements de cette année 1829, tout en faisant sentir aux pasteurs fidèles l'impérieux besoin d'un état meilleur pour l'église, leur ôtaientsans doute quelque chose de la liberté d'esprit nécessaire pour la solution de problèmes difficiles. Ce qui manquait, en effet, c'était la liberté; non pas, il est vrai, la liberté de discuter et de ré-
1 Romainmôtier, 3 février — 12 mai.
MOUVEM. RELIG. II.
soudre théoriquement des questions que le pouvoir civil se croyait du reste parfaitement apte à trancher tout seul, — mais la liberté de provoquer ou d'expérimenter des changements, des améliorations de première nécessité. Nous savons, par ce que nous avons vu déjà maintes fois dans le cours de cette histoire, — à quoi nous en tenir sur ce point. Il est sûr aussi que, malgré leur sympathie notoire pour les persécutés, les pasteurs nationaux fidèles s'étaient montrés encore trop timides dans leurs protestations contre les mesures oppressives du gouvernement. A cet égard, leurs propres aveux sont dignes de toute notre attention.
M. Brousson avait proposé qu'on imprimât le travail de M. Décoppet sur la discipline, en le faisant précéder d'une « forte protestation contre toute voie de rigueur employée à l'égard de nos frères dissidents. » Cette proposition du pasteur de Fiez provoqua, de la part de M. le ministre A. Voruz, principal du collège de Moudon, les réflexions suivantes, remarquables par leur vérité, leur force et leur à propos1.
« Nous sommes bien restés passifs au milieu de tout ce qui s'est passé parmi nous. Nous eussions dû, il y a longtemps déjà, protester hautement contre les procédés tyranniques dont nous avons été les témoins. Suffira-t-il pour justifier l'église à laquelle nous appartenons du reproche qu'elle a essuyé bien injustement sans doute, dans l'étranger, d'avoir coopéré aux rigueurs inquisitoriales de ces derniers temps, suftira-t-il de la pétition incomplète présentée au grand conseil en 1824 et de celle que nous avons adressée aux classes? La première, faite avec précipitation, ne fut présentée qu'à un petit nombre d'individus : elle devait l'être à tous les ministres du canton sans aucune exception. Quant à la seconde pétition, nous avons cru sans doute procéder plus légalement comme ministres impositionnaires en la soumettant aux classes, mais avant d'être impositionnaires ne sommes-nous pas serviteurs de Christ et ne devons-nous pas être les premiers à proclamer cette vérité : que l'homme n'est comptable qu'à Dieu, du service qu'il croit en sa cons-
1 Moudon, 7 octobre 1829.