‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 173 sur 215 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

cieiice devoir lui rendre. Avons-nous oublié du reste, que, dans chacune des quatre classes, il s'est trouvé des loups en habits de brebis qui ont provoqué les dernières pétitions en mai dernier au grand conseil, dans le but qu'on ajoutât aux rigueurs de la loi du 20 mai?

>-> Si nous nous demandons: sous quel point de vue l'histoire du protestantisme présentera-t-elle à la postérité la masse de notre clergé national, et quel monument écrit attestera que dans ce siècle de persécutions, les serviteurs de Dieu ont élevé leur voix contre tant de mesures iniques, nous ne pouvons dissimuler que nos descendants trouveront que nous n'avons pas agi comme nous aurions dû le faire. Ainsi, chers frères, empressons-nous de réparer autant que possible, je dirai notre lâche apathie, et comme l'ouvrage en question sur la discipline pourrait traîner en longueur, je serais d'avis que nous n'attendissions pas cette occasion de protester, et qu'au plus tard, en opposition à ceux de nos concitoyens égarés qui ont signé les pétitions au grand conseil en faveur du maintien de la loi, nous en présentassions une aussi en mai prochain, contre la même loi, en faveur d'une entière liberté religieuse, laquelle pétition devrait être présentée à tous les ministres de notre canton, pasteurs et impositionnaires, sans exception.

« J'invite, en conséquence, ceux des frères qui partageraient l'idée que j'ai émise, de vouloir bien en faire part à l'un de nous; par exemple au frère Burnier qui, suivant le nombre de ceux qui seraient de cet avis, pourrait alors préparer une pétition en conséquence et la faire parvenir à temps par circulaire, à tous les pasteurs.

» Chacune des condamnations que les tribunaux ont prononcées en vertu de la loi du 20 mai ont couvert mon visage de honte, et il en sera ainsi aussi longtemps du moins qu'en notre qualité de ministres de V église nationale, nous n'aurons pas protesté aussi hautement que Dieu nous donnera de le faire. »

Nos lecteurs seront frappés, comme nous l'avons été nousmême, de la sainte hardiesse et de la noble franchise que respire cette lettrç. C'est bien ainsi qu'il convenait à des serviteurs de Christ et à des prédicateurs de la vérité de s'adresser les uns

aux autres de salutaires avertissements. M. Voruz mettait, en effet, le doigt sur la partie sensible, car si une chose pouvait étonner des spectateurs impartiaux de ce qui se passait chez nous, depuis des années, c'était l'attitude embarrassée, timide, de la portion fidèle du clergé, en face des iniquités gouvernementales.

Lorsqu'une fois cette portion du clergé se vit atteinte ellemême et eut à essuyer le contre-coup de la loi du 20 mai, alors elle parut comprendre davantage qu'elle avait trop méconnu un grand et solennel devoir ; elle commença à se remuer quelque peu, mais il était trop tard, et nous pourrions, à bon droit, considérer le peu d'influence du clergé fidèle sur le peuple de notre pays comme une conséquence et un châtiment de sa faiblesse d'autrefois en face des persécutions.

C'est au milieu de l'agitation des esprits et des préoccupations politiques, religieuses et ecclésiastiques que se termina l'année 4829. Elle avait fait faire un pas, et un grand pas, à toutes ces questions. Les résistances aveugles et opiniâtres d'un eôté, avaient provoqué, de l'autre, un besoin d'affranchissement que 1830 se chargerait de satisfaire ou du moins de calmer. Ceci est vrai de l'église, si ce n'est absolument de la société polititique. L'année qui verrait la chute, définitive semblait-il, de la branche aînée des Bourbons, devait voir aussi la fin de bien des petites tyrannies, de bien des oppressions et des injustices politiques et religieuses.

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