CHAPITRE XXXIV
L'année 1830 et le mouvement révolutionnaire en Europe. — Nouvelles pétitions pour la réforme électorale dans le canton de Vaud. — Nouveaux actes d'intolérance du gouvernement vaudois. — Le pasteur Dupraz à Saint-Livres. — Une proposition relative au retrait de la loi du 20 mai. — Témoignages de sympathie donnés aux chrétiens vaudois opprimés.
On sait les changements importants que l'année 4830 apporta dans l'équilibre européen et, en général, dans la politique des puissances continentales. Aussi cette année a-t-elle été envisagée comme ayant mis fin au règne de l'absolutisme et inauguré une ère nouvelle, celle du libéralisme et du régime constitutionnel. La France donna le signal des révolutions qui firent le tour de l'Europe et renversèrent plusieurs des institutions établies par le congrès de Vienne. Les journées de juillet eurent partout un immense retentissement, mais nulle part peut-être plus qu'en Suisse, où l'œuvre de 1814, déjà ébranlée en beaucoup de cantons, reçut des événements dont Paris avait été le théâtre un contre-coup mortel. Il en fut ainsi dans le canton de Vaud en particulier, et, bien que nous ne nous proposions nullement de retracer ici l'histoire politique de notre pays, il ne nous est pas possible de passer sous silence les grands faits de cette histoire. Nous devons en tenir compte, à cause même de la relation assez étroite qui a existé chez nous, en tous temps sans doute, mais très spécialement dans les années auxquelles nous sommes maintenant arrivés, entre les mouvements politiques et la situation faite à l'église par ces mouvements eux-mêmes. Nous
avons déjà pu nous convaincre de cette nécessité, et il importe que nous ayons l'œil ouvert sur les changements qui ont eu une si grande influence sur le mouvement religieux lui-même. Ce n'est, du reste, qu'à ce point de vue que nous nous placerons et nous ne ferons de l'histoire politique que dans la mesure où nous y serons obligé pour l'éclaircissement des faits religieux.
On comprend facilement que les mémorables séances du grand conseil de 1829, dans lesquelles furent discutées les questions relatives à la liberté religieuse et à celle de la presse, les propositions de réforme électorale et de changements à la constitution, aient fait naître dans les esprits des besoins et des aspirations qui devaient se manifester tôt ou tard avec une force de plus en plus grande. C'est aussi ce qui arriva; et, au printemps, on put s'apercevoir clairement que les préoccupations politiques étaient les mêmes que celles de l'année précédente. De nouvelles pétitions se signaient partout, dans le canton, en faveur d'une réforme électorale. Les esprits étaient tranquilles ; néanmoins, le vent qui soufflait alors sur toute l'Europe et qui poussait les états dans la voie des changements constitutionnels, imprimait également au navire de la république vaudoise une direction qu'il n'était pas possible de méconnaître. On sentait que la question politique allait bientôt rejeter à l'arrière-plan toute autre question et, en particulier, la question religieuse qui avait si fortement remué les esprits dans les années antérieures. Ce n'est pas que le gouvernement se montrât plus disposé à céder sur ce point, ni qu'il parût vouloir en revenir de ses principes de rigueur et d'oppression ; mais il se voyait obligé de faire face aux hommes politiques qui battaient hardiment et cons -