CHAPITRE XXXIV
tamment en brèche des institutions qui avaient fait leur temps quoique le gouvernement eût intérêt à les conserver. Il semble que, dans un tel état de choses, le gouvernement aurait agi sagement en se relâchant quelque peu de sa roideur vis-àvis de l'église nationale comme de sa sévérité vis-à-vis des dissidents. Il n'en fit rien, et s'il n'y eut pas plus de procès intentés aux chrétiens, ni plus d'actes d'intolérance, c'est que le peuple lui-même, après l'accès de colère de 4829, fut saisi d'une certaine lassitude ou, plutôt, fut entraîné dans un autre sens par le mouvement politique.
Nous avons dû, plus d'une fois déjà, signaler l'hostilité à laquelle étaient en butte les pasteurs fidèles et vraiment évangéliques de l'église nationale. C'est ainsi qu'au printemps de 1830, le zélé pasteur Dupraz se vit l'objet des accusations de ses paroissiens de Saint-Livres et de Yens, excités sous main par un notable de la contrée. Un mémoire accusatif fut même présenté au juré de la classe par les municipalités de ces deux communes. On y reprochait à Dupraz les distributions qu'il faisait de traités religieux ; la substitution qu'il avait opérée de la Bible au catéchisme d'Ostervald, et surtout, ce qui paraîtra incroyable, ses visites dans les maisons de ses paroissiens à Yens ! On aurait plutôt dû, semble-t-il, lui reprocher de n'en pas faire, s'il s'en était effectivement abstenu ! — Du reste, ce n'était là que le commencement de cette série d'actes inqualifiables auxquels ses paroissiens devaient se livrer plus tard contre ce fidèle serviteur de Christ. C'est sans doute à la vue de ces faits et d'autres semblables, comme, par exemple, de ceux dont les pasteurs Monneron, Verrey, Vallouy, Victor Mellet, etc., avaient eu à souffrir assez récemment ; faits auxquels le gouvernement n'avait
pris qu'une part trop grande, que des plaintes se firent enfin entendre au sein des colloques et des classes de l'église nationale.
A Lausanne, le 22 avril, le pasteur Dapples, de Lutry et Belmont, signalait au colloque quelques actes oppressifs du gouvernement à l'égard de jeunes impositionnaires et il pensait que l'autorité civile s'était écartée en cela de la marche prescrite parla loi. M. Dapples proposait donc de porter la chose devant la prochaine classe. Peu de jours après, le 13 mai, une semblable proposition était faite au sein du colloque de Morges. On se demandait si la marche suivie par le gouvernement vis-à-vis des pasteurs était bien conforme à l'ordre établi? Dans le colloque d'Orbe, les mêmes préoccupations se faisaient jour, et M. F. Decoppet, diacre à Romainmôtier, allait même jusqu'à présenter par écrit (27 mai) une proposition développée, et ayant pour objet de solliciter du gouvernement le retrait de la loi du 20 mai 4824. Déjà, il est vrai, dans le colloque de Lausanne, M. Dapples avait fait une proposition toute semblable, mais « après avoir entendu les explications données par le vénérable doyen Secrétan et ses prudentes observations, le vénérable colloque, tout en remerciant M. Dapples de son zèle, n'avait pas trouvé à propos de prendre sa proposition en considération \ » M. Decoppet fut un peu plus heureux dans le colloque d'Orbe, car celui-ci décida, à une majorité de sept voix contre six, de porter cet objet en classe ; mais là s'arrêta le succès de cette proposition, car la vénérable classe (2 juin 183(1) ne trouva pas non plus à propos « de donner aucune suite à cette demande2. » A la vue de semblables décisions, on comprend que ce n'était pas par le moyen des classes et des corps ecclésiastiques constitués qu'une réforme serait jamais accomplie dans l'église nationale et que la liberté religieuse serait obtenue. On comprend encore
1 Registres du colloque de Lausanne.
- Registres de la classe d'Orbe et Yverdun.