‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 182 sur 215 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

patience de nous suivre jusqu'ici, auront pu se convaincre de la vérité de cette parole de J. J. Rousseau: « A force de tout soumettre à la règle, on détruit la première des règles, qui est la justice et le bien public. Quand les hommes sentiront-ils qu'il n'y a point de désordre aussi funeste que le pouvoir arbitraire, avec lequel ils pensent y remédier1? » Comment les auteurs de la loi de 1824, ces disciples et ces admirateurs de l'éloquent sophiste de Genève, avaient-ils pu oublier à ce point les préceptes de leur maître ! A la veille de descendre du pouvoir, ils auraient dû, tout au moins, reconnaître humblement que « les luttes du pouvoir civil contre l'influence religieuse prennent aisément l'apparence et aboutissent souvent à la réalité de la persécution2.» En effet, nul mieux que ces messieurs n'était placé pour en juger ainsi. 11 est vrai qu'il aurait fallu ouvrir les yeux et non les tenir obstinément fermés à la lumière!

Accuser d'aveuglement volontaire les représentants du régime tombé en 1830, ce n'est pas leur faire tort, c'est demeurer dans la vérité. Si nous avions besoin de preuves à l'appui du jugement que nous portons sur ces hommes, nous les trouverions non-seulement dans les faits nombreux que nous avons racontés et qui parlent déjà bien haut, mais encore dans les documents officiels émanés du pouvoir déchu et, en particulier, dans la célèbre apologie personnelle que le conseil d'état, sur le point de se démettre de ses fonctions, crut devoir présenter au peuple. Cette apologie était intitulée: De l'administration publique du canton de Vaud dès 1803 à 1831. C'est sur l'invitation du conseil d'état

1 Lettres de la montagne, VU.

3 Guizot. Mémoires, VII, 391.

MOUVEM. RELIG. II.

que ce factum avait été rédigé par M. D.-Alex. Chavannes, secrétaire du grand conseil. Il est curieux de voir la manière dont il s'exprime sur le culte et les affaires ecclésiastiques:

« L'église vaudoise a continué à être régie par les ordonnances ecclésiastiques. Le temps a manqué pour s'occuper d'une révision. Déjà en 1805, une résolution du grand conseil avait amélioré le sort des pasteurs, en établissant sur un meilleur pied leurs pensions, ainsi que celles de leurs veuves et de leurs enfants. La loi du 20 mai 1824 a été, depuis plusieurs années, l'objet de discussions sérieuses, soit dans le sein du grand conseil, soit dans les feuilles publiques, où elle a été tour à tour attaquée et défendue. Pour la juger impartialement, il faut se reporter à l'époque où elle a été rendue, et se demander ce que serait devenu le canton si l'on n'avait pas cherché à mettre des bornes à l'effervescence populaire qui se manifestait d'une manière aussi alarmante. De grands principes cédèrent, il est vrai, à l'espoir de rétablir la tranquillité ; peut-être aurait-on pu recourir à d'autres moyens ; mais, ceux-mêmes qui ont eu à souffrir de la sévérité des mesures adoptées, s'ils veulent considérer avec calme jusqu'où se seraient étendues les conséquences d'excès, que la force armée seule aurait pu comprimer, devront convenir que leur cause et leur pays en auraient souffert bien plus encore. D'ailleurs, le premier moment passé, si l'on en excepte un très petit nombre de cas où les tribunaux ont été appelés à prononcer conformément à la loi, l'action de celle-ci est devenue le plus souvent inaperçue (!!!). »

La désinvolture avec laquelle le gouvernement s'exprimait sur une loi et sur des faits qui avaient rempli de confusion les nonnêtes gens, provoqua une virulente réponse de la part d'un homme qui, alors, jugeait sainement des choses. M. J.-L.-B. Leresche, dans un examen critique du mémoire officiel, fit entendre d'amères protestations.

« Le mémoire, disait-il, consacre une place bien exiguë au culte et aux affaires ecclésiastiques ; sur 140 pages, 51 lignes, dont le tiers encore est consacré à l'oraison funèbre de la loi du 20 mai. C'est trop peu. Toujours des circonstances majeures, délicates, graves ont fait ajourner les projets d'organisation. Aussi nos lecteurs ne doivent pas s'étonner si nous sommes des quasi-Bernois sous ce rapport, avec cette différence

Page 1