CHAPITRE XXXT
cependant que, depuis l'époque de notre indépendance, le joug humiliant de la servitude s'est de plus en plus appesanti sur l'église. On a vu, vu vous dis-je, des pasteurs mandés à la barre du conseil d'état, y recevoir des réprimandes comme des écoliers; on a vu cette autorité suprême se faire transmettre des sermons, le corps du délit, afin de juger de leur contenu, trancher des questions de dogme et de morale, censurer des passages de l'Evangile, mesurer au pied et à la toise l'exaltation dans la loi du 20 mai, et n'envisager les pasteurs que comme des instruments passifs du pouvoir, des fonctionnaires, des salariés, qui ne peuvent penser, dire, écrire et faire que ce qu'il plaît au pouvoir qui prétend les nourrir 1. *
M. Leresche relevait également les paroles éloquentes par lesquelles, le 47 décembre 1830, M. Alph. Nicole stigmatisait la loi du 20 mai : « Une loi que je ne crains pas de flétrir du titre ftinfâme a jeté la consternation dans beaucoup de familles ; de nombreuses victimes ont été frappées, jetées dans des cachots, exilées de notre pays.... On a excusé cette loi! » Ceci répondait, par anticipation, à cette incroyable assertion du mémoire officiel : « l'action de celle-ci (de la loi) est devenue le plus souvent inaperçue ! » Ne fallait-il pas résister à la démonstration des faits, nier l'évidence, pour oser entreprendre une telle apologie? Aussi la loi du 20 mai et les persécutions religieuses ont-elles été Tune des causes principales qui, peu à peu, jetèrent du discré dit sur un régime qui avait imaginé, prôné et pratiqué un tel système d'arbitraire et d'oppression.
1 Le Père Jérôme, par J.-L.-B. Leresche. N° 5. A Lausanne, chez G. Rouiller, libraire. Septembre 1831. (47 pages.)