‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 187 sur 215 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

L'église du canton de Vaud ne pouvait continuer à être ce qu'elle était devenue, dans la suite des âges, par le fait de l'affaiblissement dans la doctrine et du relâchement dans la discipline, Mais alors que personne ne bougeait, alors que le clergé, presque tout entier, dormait sur les degrés du sanctuaire, quelques jeunes lévites, ouvrant les yeux à la lumière et rendus audacieux par les besoins d'une conscience réveillée, se levèrent pour le combat contre le sommeil, contre la tradition, contre le laisser-aller, contre un asservissement fatal aux intérêts religieux de leur peuple. Nous avons dit les travaux, les souffrances de ces hommes ; nous n'avons pas caché leurs erreurs, leurs fautes, nous avons montré en eux les instruments dont Dieu s'est servi pour commencer une grande œuvre au milieu de nous ; nous n'avons pas fait leur part plus belle qu'elle ne l'a été réellement. Nous avons signalé également le travail qui s'accomplissait dans le sein même de l'église nationale, parmi les membres les plus jeunes du clergé, — et parallèlement à celui qui avait la dissidence pour instrument. Nous pourrons voir, dans la suite, le réveil perdre graduellement de son caractère dissident, à mesure qu'il s'étend, s'élargit dans l'église nationale, sous l'influence et parles soins d'un nombre toujours plus grand de pasteurs pieux et zélés. — A ce propos, retournons quelque peu en arrière et recherchons ce que sont devenus, en 1830, les désirs de réformes ecclésiastiques que nous avons vus préoccuper, depuis quelques années déjà, les pasteurs nationaux fidèles.

Le besoin de changements profonds se fait de plus en plus sentir. On demande qu'un ordre prescrit uniquement par la Parole de Dieu soit substitué au désordre actuel. M. le pasteur Golliez (Payerne, 9 février 1830) se dit frappé du rapport de

Samarie et de Juda (XXIIIe chapitre d'Ezéchiel) avec notre église. « Comme elles aussi, dit-il, nous avons mis notre confiance et notre amour dans les puissances du monde ; comme elles notre église s'est reposée sur le bras séculier et s'est laissée séduire par la sagesse des docteurs du siècle et que d'adultères, de prostitutions n'a-t-elle pas commis avec eux ? Ne sommesnous pas aussi depuis longtemps dans l'état marqué v. 22-32, état d'oppression et d'angoisse, et n'avons-nous pas à craindre les châtiments dénoncés, v. 46-49? » M. Golliez en revient donc aux propositions de M. Burnier : « Aviser aux moyens de recouvrer notre indépendance afin de régler l'ordre et la discipline de notre église conformément à l'Evangile. » M. Vallouij, de son côté (Palézieux, 3 mars), est persuadé que les pasteurs évangéliques doivent travailler de tout leur pouvoir à purifier l'église nationale et à réformer ce qui est vicieux. Il voudrait qu'on essayât de déclarations signées par les frères, déclarations imprimées et répandues pour agir dans le sens de Vindépendance de l'église; de protestations contre les mesures de rigueur.

La dernière lettre insérée dans la Correspondance fraternelle exprime un pressentiment que les événements du jour devaient justifier. M. Dapples (Lutry, 30 juillet) serait d'avis qu'on ne s'occupât plus des questions disciplinaires, s'il a n'avait pas une sorte de persuasion que Dieu lui-même y appelle les correspondants, parce qu'il veut se servir d'eux pour accomplir quelque dessein qui leur est encore inconnu. » « Si nous sommes, ajoute-t-il, portés à considérer la séparation comme une chose si grave, c'est parce que c'est pour nous une chose nouvelle, et parce que nos magistrats ayant converti en lois les règlements de nos églises, ils ont donné par là, à la dissidence, un air de révolte. »

Ce n'était assurément pas la première fois que le mot de séparation se rencontrait sous la plume des correspondants. Cepen-

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