CHAPITRE I
avancé et plus explicite que la majorité des pasteurs. Et quant aux lacunes que l'on peut signaler dans son exposition, elles s'expliquent, à nos yeux, par l'osterwaldisme qui avait pénétré si profondément la théologie du clergé vaudois.
Le nom d'Osterwald 1 jouissait déjà chez nous d'un grand crédit lorsque, au commencement de notre siècle, parut une édition de Y abrégé de Vhistoire sainte et du catéchisme de cet auteur, retouchée et augmentée pour l'usage des écoles de charité de Lausanne. Bientôt introduit dans les écoles publiques, ce manuel fut de même adopté par plusieurs pasteurs qui l'utilisaient dans leurs instructions privées, et c'est ainsi que, peu à peu, sans avoir jamais été imposé officiellement, il a fini par servir de base à l'enseignement religieux dans notre canton.
La doctrine d'Osterwald ne s'accordant que trop par son vague et son défaut de fermeté et de précision avec notre caractère national, nous a été particulièrement nuisible2. — Le catéchisme passe très légèrement surtout ce qui tient à la doctrine du péché, à la corruption de notre nature, à la nécessité de la conversion et de la régénération par le Saint-Esprit. La conversion et la nouvelle naissance n'y sont point clairement ni formellement enseignées. — Osterwald ne saisissait pas nettement la doctrine de la justification. A côté des doctrines du salut par la foi et de la justification par grâce, s'en trouventd'autres entièrement opposées, qui laissent croire au salut parles œuvres, par la justice propre, venant compléter, parachever l'œuvre de Christ, par elle-même insuffisante et incomplète. Nos bonnes œuvres sont clairement présentées comme un moyen de salut. —
1 Jean-Fréd. Osterwald naquit à Neuchâtel, le 25 novembre 1663. Son catéchisme parut en 1702 et l'abrégé en 1734. — Le 12 décembre 1798, le citoyen doyen Secretan proposait à l'académie de Lausanne de substituer le catéchisme d'Osterwald à celui de Berne, dans la classe de première. L'académie accueillit favorablement cette proposition et décida de la soumettre au conseil d'éducation. (Procès-verbaux de l'académie.)
- Bauty. Osterwald et sa théologie. (Dans le Chrétien évangélique, 1862 et 1863.)
Aussi la doctrine d'Osterwald a rempli une foule d'âmes de confiance en leur propre justice. — L'œuvre de la sanctification dans le fidèle n'est pas comprise et le motif de l'accomplissement des devoirs est imparfaitement indiqué. On est ainsi conduit à voir dans la vie chrétienne un état qui ne diffère guère de l'honnêteté des mondains. C'est le christianisme de l'homme naturel, facile, commode ; une doctrine morte, sans influence sur la vie 4 .
Gomment M. Curtat, qui enseignait avec tant de force le nonmérite des œuvres et la gratuité du salut, accordait-il sa théologie avec celle d'Osterwald, c'est là un mystère d'inconséquence qui s'explique peut-être par les vues incomplètes du doyen sur l'appropriation du salut et l'état de l'homme reçu en grâce. Si donc les brochures de M. Curtat peignent la situation générale de la doctrine dans le canton de Vaud, au moment où le réveil y éclata, on ne peut pas dire qu'elles soient l'expression absolue de la doctrine officielle de l'église vaudoise. Cette doctrine n'était vraiment et complètement exposée que dans les livres symboliques: la confession de foi helvétique, les actes du synode de Berne de 1532 et le catéchisme de Berne ou de Heidelberg. Il est bien vrai que M. Curtat en appelait lui-même à ces symboles, mais il leur adjoignait le catéchisme d'Osterwald.
Ce qui nous importe donc ici, c'est, non pas tant de prendre l'enseignement dogmatique de M. Curtat comme pierre de touche de la théologie dite du çéveil, comme de savoir, dans quelle mesure, la doctrine de ce dernier était conforme à l'enseignement renfermé dans les livres symboliques de l'église vaudoise.
En effet, les hommes du réveil en appellent unanimement et constamment à ces livres symboliques. Leur théologie, si Ton doit employer ce mot, n'a pas voulu être autre chose que la théologie officielle de l'église vaudoise. Lors donc que le doyen Curtat attaquait, sous le nom de nouvelles doctrines, la foi de ceux
4 Consulter l'article intitulé : L'abrégé du catéchisme (VOsterwald est-il entièrement évangélique? dans les Etudes èvamjèliqnes pratiques. Genève et Paris, 1857.