‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 195 sur 215 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

dation des doctrines on pourrait établir deux compartiments ou deux classes dont le nexe ne serait pas assez sensible.

Cette opinion sur l'importance et la place que le réveil a assignées, dans sa prédication et ses expositions dogmatiques, à certaines doctrines, résume, croyons-nous, assez bien, une manière de voir très générale de nos jours. Mais on a été aussi beaucoup plus loin, et, reprenant les diverses doctrines, on a fait à leur propos, au réveil, des reproches plus accentués1.

On a attaqué le réveil sur sa manière d'entendre et de présenter le dogme de la prédestination. M. Curtat, dans ses leçons aux proposants, leur recommandait fortement la lecture de Ylnstitution chrétienne de Calvin. La plupart d'entre eux suivirent le conseil de leur maître et remontèrent, par de là les livres symboliques de l'église vaudoise, jusqu'au grand réformateur de Genève. La prédestination fut accentuée par eux plus fortement que ne le faisait la confession de foi helvétique, et on a pu les accuser d'avoir négligé l'élément mystique qui se trouve chez Calvin, la base anthropologique et morale qui fait contre-poids à ce qu'il y a d'absolu dans sa propre théorie2. De là, a-t-on dit, dans le réveil, un dogmatisme sec, exagéré. Le scolasticisme théologique du XVIIe siècle, réintroduit dans le canton de Vaud par les Anglais, aurait rétréci les points de vue infiniment plus larges et plus profonds de la théologie des réformateurs ; en sorte que, malgré les apparences contraires, les pères du réveil se seraient ralliés non pas tant à celte dernière théologie, qu'à la théologie plus récente du synode de Dordrecht et du consensus helvétique3.

1 Nous ne faisons pas ici allusion à la polémique, qui, il y a peu d'années, a eu pour objet le dogme de la rédemption, parce qu'aux jours du réveil, — dans sa première phase, en tout cas, une polémique semblable n'aurait pu surgir. M. Curtat, ses partisans et ses antagonistes, admettaient tous l'expiation, sans discuter sur la nature et l'étendue des souffrances du Christ.

2 Conférer: Astié. Les deux théologies nouvelles, 1862, pag. 20.

3 De Pressensé. Bulletin théologique, 1867, N« 1, pag. 33. « Au point de vue de la

On a difpque, dès l'origine du réveil, on avait tiré du dogme de la prédestination quelques fausses conséquences ; celle-ci, entre autres, que la Bible établissant l'existence de deux peuples devant Dieu, cette distinction se faisait, dès cette terre, à nos yeux. On a voulu voir ces deux peuples dans les deux classes qui, après un réveil, se partagent en opposants et en sympathiques. Cette distinction absolue et fortement accentuée parles hommes du premier réveil, plaçait, d'un côté, les enfants de Dieu et de l'autre, le monde. De là, chez le peuple, une irritation extrême contre les mômiers, et, chez les adhérents à telle ou telle congrégation, une sécurité souvent dangereuse. L'opposition absolue en principe, que l'Evangile établit entre la chair et l'esprit, entre le monde et l'église, le réveil religieux de nos jours l'a conçue d'une manière trop extérieure, et introduite dans la pratique d'une manière trop formelle1.

Ici, nous le croyons, il serait important d'établir quelque distinction. Si tel ouvrier marquant du réveil (Malan, par exemple) a accentué d'une manière exclusive le dogme de l'élection ou de la prédestination, tel autre, en revanche (Félix Neff), s'est plutôt jeté de l'autre côté.

Dans le canton de Vaud, l'insistance avec laquelle on a relevé ce dogme, a été plutôt le fait de la dissidence que du réveil dans l'église nationale et elle a influé sur la conception de l'idée d'église. Cependant, la distinction dont nous avons parlé plus haut, entre enfants de Dieu et mondains, distinction fondée en principe, mais d'une application délicate dans la pratique, a été un germe de dissidence profondément implanté dans le réveil dès son aurore, et dont la dissidence de fait n'a été que le développement, le fruit nécessaire, la conséquence la plus rigoureuse et la plus

richesse, de la variété, de l'originalité, de la puissance, la théologie du XVIe siècle est supérieure à celle du XVIIe, qui n'a souvent conservé qu'en appauvrissant. » (L. Thomas. La confession helvétique, pag. 11.)

1 L. Durand. Le réveil religieux et l'église de multitude. Paris, 1854.

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