CHAPITRE I
logique. Aussi la portion réveillée du clergé national ne s'est-elle pas mise non plus à l'abri de tout reproche à cet égard, et, parmi les épithètes qui lui étaient prodiguées par les gens hostiles à la piété, celle qui exprimait le mieux ce sentiment était l'épithète d'exclusif s. La distinction de deux peuples devant Dieu, est l'âme, la force, le cachet de toute prédication vraiment évangélique; mais, trop souvent, on se laissait aller à présenter ceux qui participaient au réveil et qui faisaient profession de s'attacher à l'Evangile comme le corps des élus, à l'exclusion de tous les autres. On cédait même à la tentation dangereuse de compter le nombre des chrétiens dans chaque localité, et dédire : Il y en a tant dans cette ville, tant dans ce village, point dans cet autre. On admirait M. X. qui, parlant aux enfants de Dieu, avait le sourire sur les lèvres, et dont le visage ne respirait que douceur et tendresse, mais qui, s'adressant aux mondains, fronçait les sourcils et s'écriait d'un ton terrible : Tremblez, mondains*!
Mais soyons justes, etn'oublions pas que les exagérations dans lesquelles le réveil a pu tomber sur ce point, ont été, en grande partie, la conséquence de la confusion si absolue et si matérielle que l'on avait faite jusqu'alors entre le chrétien et le citoyen.
De même que la prédestination, Y inspiration des Ecritures a été admise par le réveil d'une manière qui a donné lieu contre lui à plus d'une critique. On a dit, par exemple, que cette inspiration, conçue d'une manière trop mécanique et matérielle, avait été, conjointement avec l'autorité absolue de la bible, placée à la base de tout l'édifice, au détriment du témoignage du Saint-Esprit et de cette méthode morale, individuelle et pratique que la réformation avait proposée. Ensuite de cette reprise du scolasticisme du Consensus, la bible aurait fini par être envisagée comme un code de préceptes et d'oracles2.
1 Lettres inédites du pasteur B. sur diverses questions relatives au réveil religieux. 1833-3i.
2 Astié. Les deux théologies nouvelles, pag. 23.
A la vérité, nous voyons le réveil faire un appel constant au témoignage et à l'autorité de l'Ecriture-sainte, et ce n'est pas là, il faut le reconnaître, ce qui soulevait alors contre lui la moindre opposition. Tout le monde n'admettait-il pas, dans notre pays, cette inspiration et cette autorité des livres saints? Mais le réveil n'en a pas moins répété après St. Paul: Le juste vivra par la foi. Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé! Cete est si vrai, qu'un des grands arguments des adversaires du réveil était que celui-ci ne parlait que de foi. La doctrine de la justification par la foi, a été, on peut le dire, la doctrine centrale du mouvement religieux dont nous nous occupons. Et si les réformateurs ont dit avec l'Evangile: Convertissez-vous ! les ouvriers du réveil n'ont pas insisté moins fortement sur la nécessité, pour être chrétien, de la régénération et de la conversion. Ce qui achoppait la masse, c'était la pensée que Ton pût parler de régénération à un peuple chrétien ! Cela était bon pour les païens, mais pour des baptisés! Dans la première période du réveil on ne soupçonnait du reste pas les discussions qui devaient naître, longtemps après, sur la nature, le mode et l'étendue de i'inspiration, nonplusque sur le plus ou moins d'autorité de la Parole de Dieu!
Ce qui, à cette époque, nous l'avons vu par les écrits du doyen Curtat, faisait matière à récriminations contre le réveil, c'était la manière dont celui-ci présentait les doctrines de la régénération, de la conversion, de la justification, de l'assurance du salut, de la sanctification. C'est au sujet de ees doctrines, considérées dans leur ensemble, que l'on a reproché au réveil, un manque de pondération et d'équilibre. Il est de fait qu'il régnait alors dans les esprits une certaine confusion sur plusieurs de ces doctrines et que maint prédicateur évangélique a été longtemps