CHAPITRE t
avant de saisir la part qui revient à Dieu et celle qui revient à l'homme dans l'œuvre du salut, tant l'enseignement d'Osterwald avait répandu d'obscurité sur ces points fondamentaux. Mais s'il y eut d'abord quelque vague sur ce que l'on peut appeler X ordre de la grâce, ce vague se dissipa peu à peu et il n'y en eut pas sur le fait même de ces doctrines.
M. Vinet reconnaissait bien l'œuvre que le réveil avait accomplie lorsqu'il disait de lui : « Il a réhabilité la doctrine du Saint- Esprit, et par là redonné une substance à ces mots, depuis longtemps vides et morts, de régénération et de conversion; ces mots, devenus des idées puissantes, en ont ranimé, éclairci plusieurs autres ; dès lors, le christianisme a formé une chaîne dans la pensée, une chaîne dans la vie et s'est montré impérieux et pressant à l'égard de l'une et de l'autre1. » Quelques pages plus haut, M. Vinet avait déjà rendu témoignage à cette œuvre du réveil, lorsqu'il définissait celui-ci: «Un effort du christianisme vers sa source, vers une compréhension plus ample du système évangélique, vers une application plus rigoureuse et plus étendue des principes chrétiens à la vie humaine. » Plus loin, le même auteur, voulant rendre compte de ce qui donnait à la prédication du réveil, quelque chose d'incisif, en appelle « aux doctrines caractéristiques de celui-ci, à cette couleur vive qui a chassé toutes les demi-teintes; à cette pensée qui, résumant tout l'Evangile dans le plus pressant et le plus impérieux de tous les dilemmes, partage toute l'humanité en amis et en adversaires de la vérité, et toute la vie en deux ères profondément distinctes, celle de l'homme naturel et celle de l'homme nouveau, le règne de la chair et le règne de l'esprit. » « Regardez, ainsi continue M. Vinet, au nouveau sens donné à ce mot de conversion, qui ne signifie plus une progressive et partielle réforme des mœurs, mais une résurrection de tout l'homme, arraché à la
1 Discours d'installation. Lausanne, 1837, pag. 23.
plus radicale de toutes les erreurs et rendu à la plus fondamentale de toutes les vérités. Regardez à l'abolition de cette supposition bénévole et funeste qui, prenant au sérieux la profession extérieure la plus superficielle, érigeait en fidèles tous ceux que le baptême avait voués à la fidélité, et, ne les distinguant entre eux que par des degrés différents de zèle et de pureté, réduisait le prédicateur à ne prêcher réellement que la sanctification, c'est-à-dire à réclamer la conséquence avant d'avoir obtenu le principe, Il le faut bien avouer: dans une prédication ainsi conçue, Jésus-Christ était devenu, non d'intention, mais logiquement, un véritable hors-d'œuvre1. »
Il est assez curieux de voir comment un auteur contemporain, appartenant à l'école libérale et ne s'en cachant pas, a caractérisé la prédication du premier réveil. M. Alfred Vincent, pasteur français, vient de publier un volume intitulé: Histoire de la prédication protestante de langue française au dix-neuvième siècle2, dans lequel nous lisons ce qui suit: « Il était nécessaire de déchirer le voile qui couvrait les consciences, et de balayer ces idées étriquées qui ôtaient à l'Evangile sa saveur et sa vertu. Il fallait secouer le sommeil moral de cette génération assoupie, et la faire trembler sur son état réel. Il fallait relever l'idée de la sainteté, tant celle de Dieu que celle de l'homme, et les présenter, dans leur auguste pureté, aux yeux prévenus qui les réduisaient l'une et l'autre à un étrange minimum. C'est là ce que fit la prédication du réveil. Quelles secousses données aux consciences! quels cris accusateurs 1 II y a comme de la tempête dans cette prédication, comme un bruit d'armée lancée en avant, courant sur l'adversaire, faisant sa trouée avec audace : Les choses vieilles sont passées (on le sent), toutes choses sont devenues nouvelles*. »
1 Discours d'installation, pag. 28.
2 Genève. Paris, 1871.
5 Histoire de la prédication, pag. 21, 24.