‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 198 sur 215 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

M. Curtat reprochait aux Anglais d'enseigner une sanctification qui serait impliquée dans la justification ; de telle sorte que cette sanctification suivrait d'elle-même et ipso facto. Que cette accusation soit fondée en droit, ou simplement sur l'autorité du vénérable doyen , toujours est-il qu'elle a été dès lors souvent renouvelée. On a donc attribué au réveil l'erreur qui consiste à envisager la sainteté comme déjà garantie par la foi, et M. Schérer prétend que la prédication du réveil et, jusqu'à un certain point, celle de Vinet lui-même en 1831, présentait la foi comme engendrant spontanément l'amour, et celui-ci comme produisant non moins naturellement la sanctification l.

Il est si facile de tomber dans cette erreur que nous ne sommes pas étonné que le réveil y ait trempé. En principe, il est évident que l'homme régénéré vit d'une vie nouvelle qui est la sanctification et que celle-ci, à son tour, est la conséquence nécessaire et naturelle d'une vraie conversion. M. Vinet, tout en reprochant aux prédicateurs du réveil d'avoir appliqué presque exclusivement le nom de conversion à l'acceptation du salut, ajoute cependant . « Il est vrai que celui qui a, de cœur, accepté Jésus-Christ, est converti'2 ! » Mais cet homme qui a accepté Jésus-Christ, ne se sentira-t-il pas obligé à vivre comme Jésus-Christ a vécu? Ne sait-il pas que sans la sanctification nul ne verra le Seigneur? Toutefois, il est vrai, comme le remarque M. de Pressensé, que si la sainteté procède de la foi, elle ne lui est pas inhérente, qu'elle n'en fait pas partie 3.

Pour quiconque a lu les écrits publiés pendant la première

1 £. Schérer. Alexandre Vinet, 1853, pag. 118.

* Histoire de la prédication parmi les protestants de France, pag. 710.

8 Bulletin théologique, 1867. N° 1, pag. 41.

période du réveil, les traités, les recueils de sermons, la Feuille religieuse, c'est un fait certain que la sanctification est constamment recommandée, prêchée aux fidèles comme un devoir et une nécessité. C'est un témoignage que lui rendent ceux-là mêmes qui l'attaquent sur ce point ; « que le réveil ait voulu le repentir et la sainteté, personne n'en doute, » dit M. de Pressensé. «Il me paraît, a écrit quelque part un pasteur vaudois dont le nom commande le respect, il me paraît que dans la liaison de la foi et des œuvres, et dans la distinction des deux grandes opérations de la grâce, la nouvelle naissance et la sanctification, on a apporté une lucidité et une simplicité que je ne trouve pas au même degré dans les ouvrages les plus orthodoxes des temps passés. » Cependant ce même pasteur croyait pouvoir signaler dans la prédication du réveil une lacune sur le point de la sanctification. « S'il s'agit, dit-il, de paroles d'encouragement, des appels à s'assurer pleinement en Christ, et à attendre tout de sa grâce, nous ne manquerons pas à cet égard ; mais s'il est question des invitations à faire le bien et à fuir le mal, en un mot de directions pratiques, c'est là que je vois la lacune que j'ai indiquée. En général, nous nous en tenons à cinq ou six devoirs: la profession franche du nom de Jésus-Christ, la nécessité d'annoncer l'Evangile à nos proches et aux personnes de notre connaissance, celle de contribuer aux progrès du règne de Dieu, d'aimer les frères, de s'abstenir des plaisirs du monde et d'observer le jour du repos. » Quant aux autres devoirs, si nombreux, si variés qui découlent, pour le chrétien, de sa profession même de chrétien, l'auteur que nous citonsestime qu'ils sontprésentéstrop en passant et avec trop peu d'insistance, 11 ne serait pas équitable, en effet, de nier que ces devoirs ne fussent rappelés, car ils l'étaient; seulement le réveil succédant à une période dans laquelle la prédication était devenue une fade moralisation, cédait à la tentation si naturelle de poser constamment et tout de nouveau le fondement, en insistant sur la justi-

Page 1