CHAPITRE I
fication par la foi. N'était-ce pas, en effet, son recours énergique à la grâce divine dans l'œuvre du salut qui faisait la puissance de ce premier réveil? En jugeant cette époque, il ne faut pas oublier quelles étaient les nécessités du moment et de la situation.
On a imputé au réveil l'erreur qui consiste à dire : « Croyez et le reste viendra de soi-même1 1 » Et on pense que, sans s'en douter assurément, et sans voir le piège dressé sous ses pas, le réveil en est arrivé à résumer la foi dans la confiance aux promesses; à ôter au mot croire, toute son énergie, toute sa signification morale, et, par une conséquence trop naturelle et inévitable, à identifier V assurance du salut au salut lui-même. Cette assurance du salut aurait beaucoup trop supplanté l'identification morale avec le Christ crucifié et ressuscité2. On en serait ainsi venu d'assez bonne heure déjà, à demander à ceux qui faisaient profession de piété, que croyez-vous? plutôt qu'on ne leur demandait: Qu'êtes-vous? Ce reproche n'est pas sans fondement, et nous avons signalé nous-même, le fait et le danger de la méthode syllogistique employée par M. Malan5. Que cette méthode, qui faisait un pont à une fausse et dangereuse assurance du salut, ait été importée dans le canton de Vaud par tel ou tel d'entre les disciples de Malan, par les écrits de ce dernier et surtout, par quelques-uns de ses traités et de ses cantiques, cela est possible, cela est même vrai, dans une certaine mesure- Mais nous ne pensons pas qu'il faille attribuer à cette influence seule, l'infiltration dans la théologie du réveil de cette grave erreur. C'est là un piège que le cœur lui-même tend, le premier, à l'homme qui arrive à la connaissance de la vérité. Il est facile
1 E. Schérer. Alexandre Vinet, pag. 166.
; De Pressensé. Bulletin théologique, 1867, pag. 42.
3 M. Malan sacrifiait beaucoup trop à la logique; le christianisme se présentait à lui comme un système intellectuel arrêté où l'élément psychologique et moral n'occupait qu'une place restreinte. (E. Bersier. Revue chrétienne, juin 1868.)
de confondre la foi d'intelligence avec la foi du cœur, surtout si la première est accompagnée d'une certaine émotion, d'un ébranlement sentimental dû à des causes parfois extérieures!
« II est vrai, a dit à ce propos Vinet, qu'une joie qui devait pénétrer l'âme surtout, s'est trop détournée vers l'intelligence; et, à cause de l'intime liaison des différentes parties de notre être, on a pu se tromper quelquefois sur le siège de cette joie. Il se peut qu'une religion parfaitement liée, puisqu'elle est parfaitement vraie, ait enchanté quelques esprits comme un syllogisme parfait; il se peut que, dans le contentement de pouvoir raisonner sa religion, on l'ait quelquefois un peu trop raisonnée ; il se peut qu'on ait trop voulu la tirer, corps et âme, des abstractions de la dialectique, et que, l'effet s'assortissant à la cause, on ait procuré un certain nombre de conversions plus intellectuelles que morales ; il se peut même qu'on ait essayé de perfectionner la logique divine, que, pour frayer au raisonnement chrétien une route plus unie et plus directe, on ait écarté, du moins par le silence, tel passage inspiré, par conséquent telle vérité, que Dieu avait tendue en piège à l'orgueil des logiciens ; il se peut, pour tout dire, qu'un peu de ce rationalisme, si vivement attaqué par l'orthodoxie, soit un des caractères de l'orthodoxie nouvelle \ »
L'accentuation du dogme de la prédestination a pu encore contribuer, en quelque chose, à répandre cette erreur parmi nous. Il faut remarquer cependant que, si, en général, l'assurance du salut était envisagée comme un bien qu'il fallait absolument acquérir et sans la possession duquel on ne devait pas se considérer soi-même comme chrétien, — tous ne présentaient pas cette doctrine d'une manière aussi absolue. — Pour ces derniers, l'absence de l'assurance du salut était sans doute une grande misère, toutefois, il ne fallait pas conclure de cette
1 Discours d'installation, pag. 28