CHAPITRE I
lors, ces réunions qui, auparavant, n'avaient revêtu aucun caractère ecclésiastique ou dissident, tendent de plus en plus à se constituer à part, comme autant d'églises auxquelles la persécution devait imprimer une impulsion toute particulière. Bien loin de se dissoudre, ces réunions se multiplient encore. Il s'en tenait partout où le réveil s'était produit avec quelque énergie et à Lausanne même, sous les yeux de l'autorité. Il est vrai que ces assemblées ne se réunissaient pas toujours au même lieu ni aux mêmes heures; néanmoins il ne devait pas être difficile aux agents de l'autorité de surprendre les chrétiens en flagrant délit de secte. Ils n'y manquèrent pas, el fournirent ainsi à beaucoup de gens honnêtes et pieux, une occasion plausible et une cause légitime de séparation d'avec l'église nationale. Plus que toute autre chose, la loi du 20 mai devait aider puissamment à la dissidence à prendre corps et à s'affirmer comme église dans le pays.
Il paraît que c'est à Moudon et à Yverdon qu'eurent lieu les premières attaques légales dirigées contre les assemblées religieuses déclarées illicites. Mais c'est par le récit des événements survenus quelques jours plus tard à Vevey, que nous commence rons ; ces événements ayant, les premiers, provoqué une sentence du tribunal d'appel.
A l'époque de la promulgation de la loi du 20 mai, il n'y avait point encore à Vevey d'assemblées régulières; mais à mesure que le réveil s'opérait dans cette ville, l'opposition allait aussi en grandissant. Une visite de M. Malan, de Genève, dirigea alors de plus en plus l'attention du public sur une famille (Durand), qui ne devait pas tarder à être notée comme mômière, et dont la maison allait devenir le foyer du mouvement religieux de cette ville. Un membre de cette famille ayant eu l'heureuse idée de consigner par écrit le récit des événements qui se succédèrent rapidement dans cette contrée, c'est à ce témoignage
authentique et journalier que nous nous en référerons souvent pour les détails qui vont suivre l.
« Le dimanche 1er août, il y eut une forte émeute autour de la maison de M. Rochat. Il était indisposé, et quelques personnes étaient allées le voir. Lorsqu'elles voulurent sortir, il y avait déjà une foule rassemblée devant la porte. La populace y accourait de plus en plus; les gendarmes s'y rendirent mais ne purent faire cesser ce désordre. Les personnes qui sortirent de chez M. Rochat furent suivies jusqu'au marché par de violentes huées. Cependant le rassemblement augmentait, et il n'y avait pas rien que la populace. Il se faisait un bruit affreux autour de la maison: on entendait la menace d'y mettre le feu. Le juge de paix s'y rendit; on mit une garde de militaires et de sentinelles sur les chemins aboutissants: à dix heures du soir, il y avait encore bien du monde. Ils se retirèrent insensiblement; on débitait des contes absurdes; on prétendait que, depuis un jardin voisin, on avait vu M. Rochat qui se préparait à crucifier une des personnes qui étaient chez lui ; d'autres disaient qu'il y avait là plus de quarante personnes.
» Le juge de paix, M. Curchod, se montra bien. Il commença même une enquête pour punir les émeutiers, mais des ordres supérieurs vinrent l'arrêter !
» Nous persévérâmes à faire le dimanche une visite à M. Rochat. Quoique séparés de l'église persécutrice, nous n'avions aucune vue sur ce que nous ferions. ... Nous comprîmes ce que c'était que d'avoir un pasteur qui veille sur vos âmes... Les ministres de la ville désapprouvaient notre conduite; ils pensaient que nous étions des gens dangereux et qui amenaient du trouble dans leur église, et, chose étonnante! pas un ne s'approcha de nous, soit pour nous combattre, soit pour nous éclairer si nous nous égarions.
* Simple navré des circonstances du réveil à Vevey (manuscrit).