‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 201 sur 215 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

Le réveil accusé d'antinomianisme. — Les brochures de M. Curtat. — Voix d'avertissement dans le sein des églises dissidentes et nationales. — Les réponses des représentants du réveil. — La polémique soulevée par la Vie de Jésus-Christ, de M. de Pressensé. — Diverses publications. — Littérature religieuse du réveil. — Conclusion.

C'est par le côté de la pratique que le réveil a été surtout attaqué et qu'il prêtait le plus le flanc aux attaques. La morale est l'application du dogme, sa réalisation visible et palpable, en

'Conférer l'excellente: Méditation sur l'assurance du salut, par M. A. Bauty. Toulouse, 1853.

MOUV. RELIG. |I. 23

quelque sorte. La manière dont les doctrines auront été saisies, influera donc nécessairement sur la vie chrétienne dans son ensemble et dans ses détails.

Le nom par lequel on a cru pouvoir résumer toutes les accusations dirigées contre la morale du réveil, est celui û'antinomianisme ; mais ce nom est plus récent que les accusations ellesmêmes4. M. Curtat ne le connaissait pas et, cependant, il y a dans ses critiques du mouvement religieux qui commençait à s'accentuer de son temps, quelque chose de pareil. Il prévoyait, comme conséquences morales ou pratiques des principes qu'il appelait méthodistes, l'orgueil spirituel et le relâchement. Nous avons vu qu'il reprochait aux Anglais d'enseigner une fausse et dangereuse assurance du salut. On peut faire la part de l'exagération dans laquelle le doyen était entraîné par ses préventions contre le mouvement ; il n'en reste pas moins qu'il signalait ici un réel danger.

En 1825, par conséquent peu d'années après l'apparition des brochures du doyen Curtat, des voix d'avertissement se font entendre dans le sein des églises dissidentes du canton de Vaud, contre le relâchement et contre le ralentissement dans la vie religieuse. Nos lecteurs se rappelleront, à ce propos, le mot si énergique de Fivaz contre l'intellectualisme et l'orthodoxie de la tête2.

1 A le prendre dans le sens littéral du mot, l'antinomianisme serait, de la part du chrétien, le rejet absolu de la loi ; rejet fondé sur une conception défectueuse du principe que « nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce ' » — Mais le mot d'antinomianisme s'emploie aussi pour caractériser la tendance qui voit la sanctification impliquée forcément dans la justification, s'accomplissant d'elle-même et par suite d'une nécessité de fait, chez le régénéré; en quelque sorte sans la participation, sans l'activité de celui-ci. Ce serait un anti-agtsme qui conduirait facilement à une espèce de fatalisme.

* Voir pag. 94 et 95 de ce volume.

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