‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 204 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

coup se trouvaient sur le rang que les œuvres devaient tenir dons leur vie de chrétiens !

En 1837, dans son remarquable discours d'installation, M. Vinet, après avoir examiné l'influence que le réveil avait eue sur la prédication , se demandait quelle devait être l'influence de la prédication sur le réveil, et il insistait, dans la réponse à cette question, pour que l'on fît abonder dans les prédications la morale qui abonde dans V Evangile même 1 . M. Vinet ajoutait : « Sous ce rapport la chaire chrétienne a une position à reconquérir. » — Il pensait donc que la prédication du réveil persuadait trop la raison et pas assez le cœur et la conscience; qu'elle sacrifiait trop la morale au dogme 2.

Dix ans plus tard, et à la veille de sa mort, notre illustre compatriote appelé à exprimer son jugement sur quelques points de la profession de foi que le synode constituant de l'église libre était en train de formuler, écrivait sur la morale du réveil lesv lignes suivantes, dont le retentissement devait être aussi considérable que prolongé: « L'antinomianisme, qui a été, pourquoi ne le dirions-nous pas? l'une des faiblesses de notre réveil et l'un des défauts de la prédication du réveil, a, sans le vouloir, sans s'en douter, rejeté au second plan, et presque rélégué dans l'ombre, le dogme de la repentance considérée comme condition du salut 5. »

L'accusation portée par Vinet contre la morale du réveil n'était pas nouvelle, on le voit; mais elle acquérait des circonstances mêmes dans lesquelles elle était reproduite, une valeur particu-

4 Discours d'installation, pag 36.

* Voir Schmid, article sur Vinet. (Encyclopédie d'Herzog.)

* La Réformation au XIXe siècle, 1847, pag. 76.

lière. Malgré l'autorité incontestée dont jouissait le professeur de Lausanne, elle souleva des protestations, dont le résultat immédiat fut de provoquer, de la part de Vinet lui-même, des explications, et même, selon l'opinion de plusieurs, une rétractation. En effet, dans l'un des numéros subséquents de la Réformation i on lisait ce qui suit: « Le mot d: 'antinomianisme est un bien grand et, qui pis est, un bien gros mot. Sans la précipitation avec laquelle j'ai dû écrire et la nécessité d'être bref, je l'eusse probablement évité. J'aurais dit que notre réveil vaudois (car c'est bien un réveil) ne me paraissait pas absolument à l'abri du reproche d'avoir trop peu insisté sur les éléments de l'obligation, du témoignage de l'esprit et du progrès formellement consacrés par l'Evangile. Voilà ce que je voudrais avoir dit, voilà ce que je dis aujourd'hui... » Dans le cours de ce même article, M. Vinet ajoutait: «Après avoir reconnu la réalité, les fruits, l'importance du réveil, est-il impossible, est-il interdit de signaler dans les tendances de ce réveil quelque lacune ou quelque disproportion? Il serait le seul de son espèce s'il était à l'abri de tout reproche fondé... Et s'il se trouvait que le réveil, en faisant les parts de son mieux, eût fait trop petite celle de l'élément subjectif ou intérieur dans l'œuvre du salut, ne pourrait-on le faire entendre qu'à la charge ou au péril de passer pour arminien ou semi-pélagien ? » — Enfin M. Vinet signalait ce qu'il envisageait comme la méthode, sous l'influence de laquelle le réveil serait tombé dans l'erreur qu'il lui reprochait: « Nous nous sommes spécialement attachés, dans ce pays, à l'étude de l'un des écrivains du nouveau Testament; et chez tous les autres c'est encore celui-là que nous cherchons et que nous voulons trouver. Or, tous méritent une égale attention, une confiance égale ; et j'ajoute que dans celui-même que nous étudions de préférence, tout doit être recueilli avec un soin égal. Il siérait peu à des

1 Article intitulé: De la théologie du réveil, pag. 92.

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