‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 205 sur 215 · CHAPITRE II. SCI · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. SCI

disciples de l'Evangile de ne voir dans cet Evangile que St. Paul, et de ne prendre dans St. Paul que ce qui le distingue de ses compagnons d'œuvre, et non ce qu'il a de commun avec eux. Au fait, tout St. Jean se retrouve dans St. Paul; mais combien de lecteurs, même parmi les simples, ne paraissent pas s'en douter 1 î »

On sait tout le parti qu'on a cru pouvoir tirer de ces paroles de Vinet. M. Schérer, en prêtant au réveil cette formule : « Aime Dieu et fais ce que tu voudras, » déclare que c'est contre cette tendance antinomienne que Vinet s'élève, lorsqu'il rappelle la réalité, la substance indépendante de l'obligation2. A son tour. M. de Pressensé affirme que le premier réveil attribuait un rôle secondaire à la repentance dans l'œuvre du salut, et il fait remarquer que, de là à l'antinomianisme, il n'y a qu'un pas3.

Les représentants du réveil se sont fortement élevés contre le reproche d'antinomianisme. Assurément, ce ne sont pas ces hommes-là qui auraient prêté les mains à l'introduction, dans le mouvement religieux, d'un élément aussi dangereux, et aussi compromettant pour le succès de ce mouvement lui-même Mais, juges et parties dans la cause, peut-être ne sont-ils pas les mieux placés pour trancher la question.

Lorsque, dans la Gazette évangélique, M. Espérandieu attaquait le réveil sur ce point, on lui répliquait avec assez de vivacité que ce n'était pas contre la morale que les premiers auteurs du réveil s'élevaient, mais contre la place qu'on lui assignait dans le salut4! M. François Olivier répondait par des dénéga-

1 La Ré format ion, 1847, pag. 93.

2 E. Schérer. Alexandre Vinet, pag. 111-112.

3 Bulletin théologique, 1867. N°s 1, 2 et 3.

4 Gazette évangélique, 1835, 10 avril.

tions formelles et absolues. «Non, disait-il , il n'est pas vrai que nous ayons jamais tu, renié, méprisé, attaqué, renversé la morale chrétienne pour n'annoncer et ne sanctionner que le dogme chrétien. La morale que nous avons combattue, c'est la fausse morale, la morale humaine, calculée sur les lois et l'opinion des hommes, la prétendue morale qui a cours dans le monde au milieu duquel nous vivons. Mais la vraie morale, la morale chrétienne, nous l'avons enseignée dès notre début, négativement d'abord en nous efforçant de convaincre nos semblables de péché, et positivement ensuite, en cherchant à diriger nos frères dans la voie de la sanctification. Cette morale-là, nous l'avons fait découler de son principe, nous l'avons placée sur sa seule base qui est la foi au Fils de Dieu. »

Dans le numéro du 24 avril suivant, un correspondant s'exprimait ainsi : « Comparé aux temps qui l'ont précédé, le réveil, bien loin de frapper à coups redoublés sur la morale, a été le réveil de la vie chrétienne, comme il a été celui de la foi. Je ne crois pas que, même dans les premiers temps du réveil, on puisse citer une seule prédication de l'Evangile, où le salut une fois établi, le prédicateur n'ait pas, avec plus ou moins de développement, montré les conséquences nécessaires de sanctification qui en découlent pour le fidèle. »

En 4866, M. de Pressensé publiait sa Vie de Jésus-Christ, et les vues de l'auteur sur la nature et rétendue des souffrances expiatoires du Christ1, provoquaient immédiatement une vive discussion dans laquelle la théologie dite du réveil se trouva, de nouveau, prise à partie. Il ne pouvait se faire que l'accusation

1 Vie de Jésus, pag. 633-63i, 643.

Page 1