‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 206 sur 215 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

d'antinomianisme ne fût renouvelée. M. de Pressensé la reproduisit catégoriquement dans son Essai sur le dogme de la Rédemption, d'abord inséré dans le Bulletin théologique1, puis réimprimé à part. L'auteur de ces articles, s'appuyait essen-* tiellement sur les paroles de Vinet que nous avons citées nousmême; il y ajoutait les développements qui lui étaient imposés par la nature de son travail. Mais de plusieurs côtés il lui fut répondu, et non pas toujours sans quelque aigreur. Parmi ces réponses, nous signalons comme appartenant plus directement au sujet spécial qui nous occupe, la première des notes que M. Guers a ajoutées à son opuscule sur le sacrifice de Christ-. Il s'agit ici de la théologie du premier réveil. « Elle maintenait avec soin, dit l'auteur, l'équilibre entre les grandes doctrines de l'Evangile, la justification gratuite et la sanctification, » Cependant M. Guers reconnaît que l'on « insistait beaucoup sur le pardon gratuit comme découlant de la mort expiatoire du rédempteur », et il semble qu'il y ait, dans cette parole, l'aveu tacite que cette insistance, très nécessaire, du reste, risquait pourtant un peu de rompre l'équilibre entre les doctrines. Si cet aveu n'est pas là, il est en tout cas dans cette phrase si explicite: « Le réveil a pu, j'en conviens, manifester quelquefois une tendance antinomienne! » Cette concession faite, M. Guers ne veut pourtant pas que l'on généralise cette accusation, parce que ce serait ôter à une belle œuvre du Saint-Esprit, sa vraie physionomie5.

Cette même année, 4867, M. le pasteur Pozzy, de Bordeaux, insérait dans les Archives du christianisme un fort bon travail, réimprimé à part sous ce titre : Histoire du dogme de la rédemption chez les pères, les réformateurs et les hommes du ré-

1 Numéros 1, 2 et 3 de 1867.

* Le sacrifice de Christ ou la rédemption selon la Bible. Genève et Paris, 1867. 3 M. Guers a reproduit cette page dans son tout récent et édifiant volume : Le premier réveil à Genève, pag. 186-87.

veil \ M. Pozzy reconnaît qu'obligés de courir au plus pressé, les promoteurs du réveil exagérèrent peut-être, en la relevant, la doctrine de la grâce tombée dans l'oubli, mais il nie qu'ils aient sacrifié le côté moral du christianisme. « Tout au plus, ajoute-t-il, peut-on leur reprocher de s'être bornés à poser le principe, sans en avoir poursuivi suffisamment l'application'2. » En outre, M. Pozzy ne fait pas difficulté d'avouer que « tout n'est peut-être pas sans fondement dans le reproche intellectualisme qu'on a souvent dirigé contre certaines tendances et certains hommes du réveil5 », et il partage l'opinion de M. Guers sur la tendance antinomienne de ce mouvement4

Dans le canton de Vaud, c'est M. L. Burnier qui a relevé le gant jeté à la théologie du réveil par M. de Pressensé et qui a répondu par une brochure intitulée: Le testament de Vinet et son codicille3. L'auteur constate que Vinet a effectivement accusé le réveil, non pas précisément d'antinomianisme, mais de tendances antinomiennes6 ; ce qui n'est pas absolument la même chose, mais ce qui est encore trop pour M. Burnier. Celui-ci s'applique donc à démontrer que l'accusation de Vinet, même ainsi tempérée, ne repose sur aucun fondement solide et que le réveil esta l'abri de tout reproche sur ce point7. M. Burnier

1 Paris 1868. On peut consulter avec fruit le compte-rendu de cet ouvrage dans le N° 3 du Chrétien belge de 1860. (Article du pasteur G. Poinsot.) * Page 96.

Page 105.

4 Page 109.

5 Lausanne, 1868.

ù Page 13.

■ Page 50. Sans recourir à des hypothèses inutiles, ne pourrait-on pas admettre que, dans ses accusations contre le réveil, Vinet est resté, plus qu'il ne s'en doutait,

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