CHAPITRE Ix
déclare que si l'accusation qu'on intente au réveil se réduit à dire qu'il prêchait une doctrine délicate à manier, une doctrine qui, si l'on n'y prend garde, mène facilement à l'antinomianisme, il consentira, pour sa part, à accepter l'accusation; attendu qu'elle porte non sur les prédicateurs du réveil, mais sur le dogme du salut gratuit que ceux-ci prêchaient1. M. Burnier cite, en preuve de la thèse qu'il soutient, de nombreux extraits du Recueil de sermons de divers ministres émngéliques du canton de Vaud, recueil qui parut en 1831 et que l'on peut envisager comme une sorte de profession de foi des pasteurs évangéliques de ce temps là2. Nous croyons que M. Burnier aurait pu multiplier sans peine les citations de cette nature, en puisant dans la littérature religieuse dont se nourrissait la génération du premier réveil. Il aurait pu appeler en témoignage des écrits comme celui de Hollaz. par exemple, qui était beaucoup lu. chez nous, à l'époque du réveil et qui a dû exercer quelque influence. Les Quatre dialogues sur des matières de la plus haute importance; ou l'ordre de la grâce évangélique dans l'économie du salut'0 , traduits de l'allemand, représentent ce côté mystique de la doctrine chrétienne que les ouvrages traduits de l'anglais laissaient trop dans l'ombre. L'auteur y insiste sur la repentance, comme sur l'un des éléments de la vie de la foi; sur le fondement de l'assurance du salut qui est le sang de la propitiation que Jésus a répandu pour nous. Toutefois, il semble que, pour Hollaz, la sanctification serait tellement impliquée dans la justification qu'elle suivrait comme d'elle-même4. M. Burnier se borne à signaler, en passant, les divers ou-
sous l'influence de ses premières impressions? A quelques égards, ne voit-on pas percer chez lui l'ancien défenseur du doyen Curtat?
1 Page 41.
2 Nous renvoyons pour ces citations à la brochure de M. Burnier, — ou encore au liecueil lui-même.
3 Genève, 1823.
4 IVme dialogue: Affermissement dans la piété, pag. 161.
vrages de Th. Scott dont il a été lui-même le traducteur et l'éditeur dans notre pays. K aurait cependant pu citer, soit dans les Essais sur la religion l, soit dans le Fondement et la nature de la foi, bien des passages qui combattent ouvertement et en le nommant par son nom, Y antinomianisme - . Du reste, Scott sera d'autant moins suspect de tendances antinomiennes, qu'il attaque l'intellectualisme et la fausse assurance du salut qui provient de cet intellectualisme ; qu'il n'envisage pas l'assurance du salut comme essentielle à la foi en Christ, mais comme un privilège que ne possèdent pas tous les croyants3. Scott distingue très nettement entre la justification si la sanctification, et, pour lui, la repentance est toujours inséparablement unie à la foi, laquelle, à son tour, est considérée comme une partie importante de la sanctification. Il proteste contre la séparation que l'on voudrait établir entre la délivrance du péché et la sanctification4.
Nous comprenons sans peine que M. Burnier, ayant derrière lui des antécédents de cette nature, ait éprouvé le besoin de protester contre l'accusation d'antinomianisme dirigée contre le réveil. Toutefois, de ce que lui personnellement ne saurait être atteint, s'en suit-il nécessairement que cette accusation ne repose, comme il l'affirme, sur aucun fondement?
Mais M. Burnier invoque d'autres preuves encore et nous n'avons garde de méconnaître la valeur de celles-ci. En 4826, paraissait la première édition des sermons de Ch. Scholl, alors
1 La première édition de cette traduction parut à Lausanne en 1825.
! Dans YEssai IXe, sur les mérites et le sacrifice de Christ, Scott parle de l'abominable infection de ï antinomianisme. — Dans YEssai ATe, il est question du venin d« l'antinomianisme. Il serait facile de multiplier ces citations. — Dans le second de5 ouvrages que nous mentionnons, il faudrait relever la protestation de la page 190 (édition de 1837) contre l'antinomianisme, soit théorique, soit pratique.
2 Fondement et nature de la foi, pag. 142, 151-152, 190, 198-199. Essai XVIIe sur les privilèges des vrais fidèles.
' Fondement et nature de la foi, pag. 48, 111, 117, 154.