‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 209 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nous tombe sous la main, sans repousser toutefois absolument le reprocbe fait, dans le temps, à la Feuille religieuse, d'être trop sobre de « bons articles où l'on exhorterait et dirigerait avec détail, les amis de l'Evangile sur la prière et la vigilance, sur la pureté et le devoir de combattre contre les passions et les désirs charnels, sur le bon emploi du temps et la nécessité de travailler avec joie à notre vocation temporelle et de sanctifier nos travaux en les consacrant à Dieu, sur l'avarice, sur la douceur et la débonnaireté , sur l'exacte probité, sur la colère, sur la restitution et la réparation du mal que l'on a commis, etc., etc1. » Mais la Feuille ne pouvait pas tout dire, ni tout à la fois. Il est facile, dans une publication d'une périodicité même restreinte, de faire le tour du dogme; il ne l'est pas d'entrer dans toutes les applications pratiques de la doctrine.

Dans les pages qui précèdent, nous n'avons pas parlé des nombreuses publications religieuses du respectable pasteur Gonthier, mort à Nyon en 1835. Assurément, ce n'est pas dans ces volumes qu'animent un souffle de piété si pur, si élevé et si intime, que nous irions chercher la preuve que le réveil a fait fausse route dans l'application de la doctrine à la vie. Que de pondération, que d'équilibre, entre les doctrines du salut! et, en même temps, quelle insistance sur les détails de ce qui constitue la vie chrétienne, sur la morale chrétienne2! Et si nous ne pouvons, sans faillir à la vérité, accuser Gonthier d'avoir

1 Lettres inédites du pasteur B. 1833-1834.

2 Nous renvoyons nos lecteurs aux œuvres de Gonthier et à la belle Notice que MM. Ch. et L. Vulliemin ont consacrée à la mémoire de leur oncle vénéré. Genève et Paris, 1838.

mouv. relig. il. 24

contribué par ses publications à favoriser l'introduction et le développement d'un élément d'antinomianisme dans la théologie du réveil, en accuserons-nous plus légitimement Auguste Rochat, celui duquel Vinet disait, en voyant le premier volume des Méditations : « Ah! si je savais dire les choses comme cela! » Evidemment, il ne s'agissait pas ici de la forme sous laquelle Rochat avait exprimé sa pensée, mais du fond luimême, de la doctrine exposée dans les Méditations et des applications pratiques que le pasteur dissident en avait tirées. « C'est le prédicateur de la grâce, dit de lui M. L. Burnier, mais de la grâce sanctifiante. Dans ses nombreux discours, il n'y a pas un mot qui tende à affaiblir l'obligation morale1. » On a reproché à Rochat de faire abus de l'allégorie et de tomber dans des subtilités2 ; mais non pas, que nous sachions, d'avoir aidé au développement de tendances antinomiennes. Du reste, Rochat mérite de notre part plus qu'une simple mention en passant, et nous espérons pouvoir lui consacrer une étude plus complète dans une autre partie de cette histoire.

Que restera-t-il, en définitive, de l'enquête à laquelle nous venons de nous livrer sur le sujet spécial de la morale du réveil?

On peut affirmer qu'en théorie, le réveil n'a été nullement antinomien. Ses chefs et ses représentants ne l'ont été ni d'intention, ni de fait. Ce serait une pure calomnie que de leur faire dire:

1 L. Burnier. Notice sur A. Rochat, pag. 139. Nous renvoyons à cette notice ceux d'entre nos lecteurs qui seraient curieux de connaître l'activité littéraire religieuse de Rochat, et de juger de sa doctrine par ses écrits. Voir, en particulier, les pages 435 à 141.

1 Alfred Vincent. Histoire de la prédication, pag. 48-50.

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