‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 210 sur 215 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

péchons, afin que la grâce abonde! On pourrait bien plutôt les accuser d'avoir été trop stricts, trop austères, de n'avoir pas assez fait la part de la liberté chrétienne, d'avoir été même légalistes, par exemple sur la question du dimanche, que l'on assimilait volontiers au sabbat ; d'avoir cru que la loi était la règle morale de l'église. Mais les disciples vont toujours plus loin que leurs maîtres, et ils tirent, des principes posés, des conséquences extrêmes, fausses par leur exagération même, et que les maîtres se seraient bien gardés d'en tirer. Or, il y avait dans l'énergie avec laquelle on accentuait certaines doctrines, et dans le manque d'équilibre qui en résultait pour l'ensemble du système chrétien, un germe fâcheux qui ne pouvait manquer de se développer à la longue et qui s'est finalement épanoui dans toute sa crudité, dans une éclatante déviation que nous n'avons point à étudier ici, mais que nous nous proposons d'examiner de près, dans la seconde partie de cette histoire.

Ce qui, dans la réaction opérée par le réveil, créait un danger auquel le réveil n'a point su complètement échapper, c'était, par exemple, l'insistance avec laquelle on relevait la doctrine de la justification par la foi. On devait le faire, sans doute, puisque cette doctrine était si fortement voilée que l'on en était venu, chez nous, à chercher le salut dans les œuvres. Mais, d'un autre côté, si l'on se mit à prêcher la sanctification, on la prêcha mal d'abord, parce que l'on ne comprenait pas où était la vraie source de la sanctification, et parce qu'en réalité on la voyait encore trop dans ces œuvres contre lesquelles on s'élevait. Ce n'est que peu à peu que les ouvriers du réveil furent éclairés sur ce point. Nous tenons ce fait de l'un d'entre eux qui a joué luimême un grand rôle dans notre pays et qui a été l'un des fondateurs de la dissidence. On n'insistait pas assez sur les conséquences pratiques de la foi et de la justification, et l'erreur, nous l'avouons, consistait à prétendre que la sanctification découlait naturellement de la justification, sans qu'il fût besoin d'insister

particulièrement sur cette dernière. Aussi, un pasteur dont le clergé vaudois pourra en tout temps s'honorer, disait-il à ce propos: « Parce que les prédicateurs mondains prêchaient la morale mondaine, nous, nous ne voudrions en prêcher aucune!»

En second lieu, le réveil, en relevant comme il l'a fait la doctrine de la prédestination d'après Calvin, a commis la même faute que le réformateur, et a fourni une base au côté logique, absolu de Vassarance du salul il a favorisé, sur ce point, l'invasion de l'intellectualisme et d'une assurance du salut qui se traduisait en syllogisme. Nous savons bien que c'est à M. Malan, plus qu'à aucun autre ouvrier du réveil, que ce reproche a été et a pu être adressé2, mais, dans le canton de Vaud même, ce point de vue a eu quelques représentants, entre autres, Juvet. qui paraît avoir subi plus que d'autres, l'influence du célèbre dissident genevois. Les cantiques de ce dernier, chantés dans les réunions d'édification et dans les églises dissidentes de notre canton, n'ont pas été sans exercer également quelque action dans ce sens. — Peut-être n'est-ce pas une calomnie que de dire que, dans certains cercles, l'on se faisait moins de scrupules de pécher que de douter de son salut, tant cette dernière doctrine primait les autres, dans l'esprit de beaucoup de fidèles 5. Traitée syllogistiquement, elle avait le grand danger de créer un christianisme extérieur, ne reposant que sur des croyances intellectuelles. A cela s'ajouta de bonne heure celte mysticité qui naît facilement et naturellement chez ceux qui, repoussés du monde

1 « Dans l'église luthérienne, l'antinomianisme se rattacha au dogme de la justification par la foi, et dans l'église réformée, à celui de la prédestination. » (L. Thomas. La confession helvétique, pag. 40.)

* Chose curieuse pourtant, le conventicule de Rolle, qui fit tant de bruit, ne développait-il pas cette double affirmation : point d'œuvres pour le salut, point de salut sans œuvres ?

3 « L'Evangile a été compromis dans le réveil religieux de notre époque, parce qu'on n'a pas vu entre la vie des croyants et celle des non-croyants , une différence proportionnée à celle de leurs principes. » (A. Monod. Saint-Paul, pag. 180.)

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