CHAPITRE IV
plus énergiques et plus vivantes encore, en ne participant plus à cette infidélité, en se séparant avec ceux qui, comme lui, ont reconnu le mal et l'ont inutilement signalé. Il le doit au Seigneur; il le doit à ses frères, il le doit à tous, tout en les plaignant de leur erreur. Ce n'est plus ni à Garizim, ni à Jérusalem que nous adorons I . . . .
Notre gouvernement est par le fait le chef visible de l'église et la maîtrise à son gré; il n'y a aucune discipline quelconque; la vérité, la parole de Christ est repoussée de partout, non-seulement des individus, mais des corps de l'église et de leurs conducteurs. Un seul de ces caractères devrait suffire à un fidèle pour se retrancher d'un tel corps. Quel est donc son strict, son impérieux devoir lorsqu'ils sont tous réunis, et cela encore avec les indices les plus marqués, dans le corps, dans les membres, dans les chefs, de la haine contre l'Evangile, contre ceux qui le prêchent et ceux qui le reçoivent
C'est donc à bon droit que nous taxons nos frères d'infidélité, au moins en cela (et cen'estpas peu de chose, notamment chez les ministres) lorsque nous les voyons ( surtout maintenant où tous les faits parlent) rester dans les rangs de l'ennemi, prêter leurs mains aux méchants, quand ce ne serait que par leur inertie, et ainsi se trouver engagés dans cette guerre faite contre l'Eternel et contre son oint, et dont les premiers coups tombent sur ceux qu'ils appellent leurs frères Et nous
avons certainement lieu de craindre pour nos frères qui concourent avec les méchants ou qui seulement demeurent tranquilles sans se déclarer franchement Un frère, dans cette position infidèle, a beau protester en paroles, ce que d'ailleurs il ne fait pas ou ne fait pas franchement et complètement, sa protestation est illusoire, vaine, trompeuse tant qu'il reste et n'aboutit à rien qu'à enhardir les méchants, qu'à lier les faibles et affliger ceux qui sont plus affranchis
Ne vous arrêtez donc point à la considération de quelques personnes de l'église nationale qui sont ou qui paraissent être dans la foi ou en approcher. J'espère, certes, de la bonté de Dieu qu'il y en a beaucoup et qu'un grand peuple se manifestera du milieu de cette souillure
Yous ne verrez rien dans l'église nationale de notre pays, que révolte, qu'inimitié contre Dieu, qu'abomination. Je ne dis rien de trop.
Alexandre Chavannes, ministre de Christ.
Pour l'auteur de la lettre que nous venons de lire, l'église nationale n'est évidemment pas une église; elle manque des caractères essentiels qui font une église. En présentant les choses sous ce point de vue, Chavannes se bornait, en réalité, à constater un état de fait; il suffisait d'ouvrir les yeux pour se convaincre qu'en effet l'église nationale était bien alors telle que les dissidents la dépeignaient. C'était la confusion la plus absolue qu'on pût concevoir entre la nation et le peuple de Dieu, et le gouvernement était le vrai chef et le dominateur tyrannique de l'église : celle-ci, comme corps, comme ensemble, repoussait le pur Evangile et ne voulait rien d'une vie réellement chrétienne.
Dans la pensée de Chavannes, tout fidèle, et surtout tout ministre fidèle, devait d'abord protester : c'est ce que lui et ses amis avaient fait ; puis se retirer du corps de l'église, du moment que leur voix y était étouffée ; et c'est également ce que les démissionnaires avaient fait. Enfin, comme le chrétien a besoin de la communion de ses frères et qu'une foi commune établit un lien de société entre ceux qui la partagent, un dernier devoir consiste à rendre possible cette communion, par la formation d'une société visible, et telle fut aussi la marche suivie par les dissidents; marche simple, naturelle, logique à leur point de vue, mais qui pouvait paraître trop précipitée à ceux qui, comprenant avec quelle lenteur les réformes s'accomplissent, pensaient qu'il fallait former le peuple de l'église avant que de constituer cette dernière. Aussi, lorsque nous entendons Chavannes taxer d'infidélité ceux de ses collègues dans le ministère qui, n'ayant point été rayés du catalogue des impositionnaires par l'autorité supérieure, continuaient à travailler