‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 23 sur 215 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dans le sein de l'église nationale, nous ne pouvons nous empêcher de voir, dans ce jugement, quelque chose de trop absolu et d'injuste. Car enfin, la question n'était pas aussi simple pour les ministres évangéliques non suspendus par le gouvernement que pour ceux qui, exclus des rangs du clergé officiel, avaient été mis en demeure ou de renoncer à tout ministère pastoral, ou de constituer un ministère indépendant. C'est la force des choses qui poussa MM. Chavannes, Juvet, Fr. Olivier, Aug. et Ch. Rochat, Fivaz, etc., à former une dissidence, dont, au premier jour, ils étaient fort éloignés, dont ils avaient antérieurement repoussé l'idée avec énergie, lorsque Henri Pyt leur en parlait, et qui, au moment même où ils renonçaient à leur charge pastorale officielle, n'avaient pas la pensée de se séparer absolument de l'église nationale et de rompre complètement avec elle. Cela est attesté par leurs démarches, par leurs écrits, par leur témoignage. Lors donc que, plus tard, ils furent arrivés à la dissidence complète, organisée, se présentant devant le pays sous la forme de congrégations distinctes les unes des autres et surtout de l'église nationale, ils oublièrent trop et trop vite leurs hésitations premières, tout comme ils méconnurent trop aussi la valeur de l'un des éléments essentiels qui étaient entrés en ligne de compte dans le développement de leurs vues ecclésiastiques. De là, sans qu'ils se rendissent bien compte de la gravité de leurs jugements, cette condamnation injuste d'une conduite qu'il n'était peut-être pas au pouvoir de ceux qui la tenaient de faire différente. Nul, asssurément, n'accusera d'infidélité, de manque de courage chrétien, des hommes tels que Dupraz, Vallouy, etc., et leurs collègues dissidents ne les en auraient pas accusés non plus, lorsqu'il se serait agi, à leurs yeux, d'une fidélité de foi, de convictions chrétiennes et d'une prédication forte et incisive des vérités évangéliques. Mais ces hommes ne se joignaient pas à la dissidence ; ils ne se séparaient pas formellement de l'église nationale du pays, et voilà ce que

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les dissidents envisageaient comme une infidélité 1 Encore une fois, la chose n'était pas si simple et nous avons pu voir nous-mêmes, de nos jours, quel long travail doit souvent s'accomplir dans les esprits, quels événements solennels doivent parfois surgir, avant qu'un principe qui semble cependant évident de lui-même, arrive à se légitimer devant la conscience et à s'imposer à l'esprit.

Les dissidents, entraînés rapidement sur la voie dans laquelle les circonstances les avaient fait entrer, ne comprenaient pas que tous les ministres pieux ne marchassent pas dans le même sens qu'eux, ou se laissassent devancer. Il y avait là de l'impatience, une impatience charnelle; il y avait là une précipitation humaine, une hâte fiévreuse qui devaient, dès ce moment déjà, déposer dans le sol de la dissidence des germes amers dont un avenir peu éloigné vit avec douleur la floraison et recueillit les fruits.

Mais, reconnaissons le, si les dissidents étaient entraînés avec plus de rapidité peut être qu'ils n'avaient pu le prévoir, dans des voies d'étroitesse et d'absolutisme ; s'ils prenaient trop facilement ce défaut-là pour de la fidélité et du courage chrétien; s'ils oubliaient parfois que tous les esprits ne sont pasiondus dans le même moule, et que les procédés intellectuels ou moraux par lesquels les hommes arrivent à la vérité sur certains sujets ne sont pastoujours les mêmes; s'ilsse montraient trop souventcassants, provoquants, ne faut-il pas constater aussi que c'était Vépée dans les rems qu'ils avaient été poussés dans le chemin qu'ils suivaient et que le vrai coupable était l'intolérance, l'injustice dont ils avaient été et dont ils étaient les victimes 1 II faut donc être juste avant que d'être sévère. Et puis, du reste, se fait-il quelque chose de grand, de décisif ici bas, dans le domaine spirituel et moral, dans le développement des vrais principes et dans la réformation des abus, sans quelque imprudence, sans quelque témérité et quelques faux pas? Paul lui-même s'appelle

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