‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 26 sur 215 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

en dehors de son contrôle et cela se serait fait malgré lui et contre lui, si l'autorité avait pu croire le clergé sympathique au mouvement religieux ; mais il savait trop bien à quoi s'en tenir sur ce dernier point pour avoir à craindre aucune protestation de sa part. Jamais les classes n'auraient osé soumettre à leurs délibérations les arrêtés du gouvernement, et jamais, non plus, elles n'auraient osé faire entendre quelques observations. Lorsque, dans leurs réunions annuelles, le doyen de chacune d'elles donnait, en 1824 par exemple, connaissance des arrêtés relatifs aux ministres rayés du catalogue, cette lecture était écoutée silencieusement et les pasteurs réunis courbaient le dos. C'est du moins ce que l'on peut inférer des procès-verbaux des classes qui ne mentionnent aucune démonstration de la part de ces dernières.

Le clergé donc, comme tel, ne faisait rien en face de l'intolérance et de la persécution religieuse. Il blâmait certainement les dissidents et il ne voyait pas d'un meilleur œil les jeunes ministres impositionnaires que leur foi, leur vie, leur zèle et leur activité, distinguaient si avantageusement de la masse du corps auquel ils appartenaient. Tout cela ressort avec évidence des faits que nous avons relatés et de ceux qu'il nous reste à raconter. Ainsi, le réveil ne s'accomplissait point par le moyen du clergé national ; il ne s'accomlpissait pas même dans l'église comme telle; il n'apparaissait encore, comme réveil, dans aucune paroisse proprement dite, tandis qu'il avait déjà fondé plusieurs églises dissidentes1. Dans le sein de l'établissement officiel, le réveil apparaît à cette époque sous la forme de personnalités distinctes et isolées Ce sont quelques hommes, quelques ministres de la Parole, qui prêchent, qui insistent, qui travaillent et,

1 Beaucoup de gens pieux brisaient avec l'église nationale, à raison même des moyens dont on usait pour la protéger contre les prétendus sectaires; plusieurs de ceux qui s'y rattachaient encore n'y tenaient que faiblement. (L. Burnier: Notice sur Bochat, pag. 128.)

en particulier, qui sèment pour l'avenir. Ce sont, disons-nous, des personnalités distinctes, non des groupes, des sociétés, et ces personnalités sont isolées, disséminées en petit nombre dans le pays tout entier : Rari nantes. Gela est si vrai que, dans la classe d'Orbe et Yverdon, il n'y avait en 4823 que deux pasteurs réellement évangéliques et animés de l'esprit du réveil, MM. F. Laurent, de Chavornay et F. Décoppet, de Romainmôtier. Bientôt il est vrai, Brousson vintse joindre à eux et fut le troisième. Aussi étaitil très facile, à la fin de 4824, de se rendre compte des dispositions du clergé national à l'égard du mouvement religieux qui s'accomplissait. Un fait intéressant, et qui eut lieu à ce moment-là, nous suffirait au besoin, non-seulement pour faire connaître ce qui se passait alors dans l'esprit et dans le cœur des ministres évangéliques de l'église nationale, mais encore pour constater, une fois de plus, l'inertie et l'inaction, si l'on ne veut pas dire l'hostilité, du clergé national en face du mouvemeni religieux.

Le 47 novembre 4824, vingt-six pasteurs et ministres de l'église nationale présentèrent au grand conseil, alors réuni en session ordinaire, une adresse qualifiée par les journaux du nom de pétition et qui était, d'un côté, une déclaration de fidélité à l'église nationale et à la confession de foi helvétique ; de l'autre, une protestation contre les mesures intolérantes dont on venait de frapper les dissidents. Poussés par un sentiment de honte, de tristesse et de regret, à la vue de ce qui se passait et des faits de persécution que l'on mettait déjà, à l'étranger comme dans le pays, à la charge de l'église dont ils étaient les ministres ; poussés également par le besoin de témoigner quelque sympathie à ceux de leurs frères qui souffraient pour la

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