CHAPITRE V
cause de l'Evangile, les signataires de l'adresse au grand conseil s'exprimaient comme suit :
Très honorés monsieur le landammann et messieurs les membre s du conseil d'état.
Convaincus que votre désir le plus ardent est de rendre heureux le peuple que la Providence a confié à vos soins; connaissant aussi la bienveillance avec laquelle vous accueillez ceux qui s'adressent à vous, les ministres soussignés prennent la respectueuse liberté de vous confier les sentiments dont ils sont animés dans ce moment de crise pour notre église nationale. C'est leur conscience qui leur prescrit impérieusement cette démarche. Ils doivent aussi à leur caractère, de repousser les graves inculpations auxquelles ils sont depuis trop longtemps en butte dans ce pays et ailleurs. Et à qui pourraient-ils s'adresser pour cela, si ce n'est aux souverains magistrats, aux pères d'une patrie qu'ils portent dans leur cœur?
Depuis que de malheureuses divisions sont venues troubler en plusieurs lieux la tranquillité dont jouissent nos églises, le clergé de ce canton s'est vu accuser de s'éloigner dans son enseignement de la confession de foi helvétique et de ne pas annoncer purement l'Evangile aux troupeaux qui lui sont confiés. D'un autre côté, l'ignorance, si ce n'est l'incrédulité, s'emparant de ces tristes débats et feignant de repousser pour nous des attaques qui ne la regardaient pas, l'incrédulité s'est trop souvent permis de déprécier, de ranger au nombre des monuments surannés qu'il fallait abandonner à l'oubli, cette ancienne confession helvétique, basée sur la sainte Ecriture, règle unique de notre foi, cette confession helvétique, monument admirable de la piété de nos pères, publiée pour conserver parmi les pasteurs l'uniformité de l'enseignement, comme parmi les fidèles, l'unité de la foi ; cette confession qui nous unit aux églises protestantes d'Europe qui l'ont aussi adoptée, surtout à celles des cantons évangéliques de la Suisse, cette confession que dans votre sagesse vous nous avez prescrite pour règle, en nous faisant jurer de ne rien enseigner qui lui soit contraire. (Loi du 24 juin 1803.)
Or, très honorés Messieurs, pourrions-nous demeurer insensibles aux inculpations dont nous sommes devenus les objets? Ne devons-nous pas à la confiance que vous nous avez accordée en nous remettant la direction spirituelle de nos paroisses et, surtout, pour montrer notre fidélité au serment que vous nous avez imposé, ne devons-nous pas faire une ma
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nifestation claire et précise de notre foi, capable en même temps d'édifier, de rassurer sur nos principes ceux qui nous écoutent et de faire cesser les bruits injurieux que l'on répand contre nous dans le monde protestant, bruits qui ont déjà produit les effets les plus fâcheux et nous menacent de conséquences plus fâcheuses encore?
Nous déclarons donc ici, solennellement, que nous regardons la confession de foi helvétique comme conforme aux paroles de l'Ecriture sainte et à la doctrine de notre Sauveur Jésus-Christ, régies invariables de notre foi et que, loin de prêcher ni d'enseigner rien qui lui soit contraire, nous l'adoptons sincèrement et en suivons fidèlement les directions, nous y tenant pour obligés devant Dieu et devant les hommes, par notre conviction intime et par le serment que nous avons prêté en conséquence.
Attachés de tout notre cœur à l'église nationale dont nous sommes membres, mais fidèles en même temps au ministère de paix que nous exerçons au nom et de la part de celui qui est le prince de la paix, nous croyons devoir ajouter que nous demeurerons toujours étrangers par nos sentiments aux mesures rigoureuses qui peuvent et pourront être prises contre tous ceux qui se séparent de nous; que ce soient des motifs religieux' qui poussent les uns, que ce soit l'incrédulité qui éloigne les autres de Christ. Car nous tenons pour certain que la charité, la tolérance, le support doivent diriger en tout temps les véritables ministres de cette religion dont la livrée est amour, et que c'est là un caractère nécessaire de la vraie foi. Nous pensons que le christianisme ne doit s'étendre et régner que par les armes de la persuasion rendues efficaces par la grâce de l'Eternel notre Dieu; que de plus, les rigueurs pourraient aigrir et éloigner davantage ceux que la douceur eût peut-être ramenés; que des lois, pour peu qu'elles fussent sévères contre des séparatistes pourraient prêter des armes trop redoutables aux hommes moins éclairés que les législateurs et qui auraient à en faire l'application ; qu'elles pourraient influencer d'une manière fâcheuse le jugement du peuple moins éclairé encore opinion que nous ne pourrions que trop justifier par l'histoire des démêlés religieux de tous les lieux et de tous les temps.
Ainsi, repoussant de toutes nos forces le reproche de persécution dont le clergé est si souvent l'objet, nous demandons du fond de notre âme à notre Dieu et à notre Sauveur qu'il incline à la clémence le cœur de nos souverains magistrats; qu'ils se regardent comme les frères de tous ceux qui ont le bonheur de vivre sous leur gouvernement et les