CHAPITRE V
la conscience d'une portion des administrés. Le grand conseil jugeant cette pétition inadmissible a passé à l'ordre du jour.
Le conseil d'état, tout en se persuadant que les auteurs de cette adresse n'ont eu aucune mauvaise intention, n'a pu cependant approuver leur démarche ni la manière dont elle a été faite. Il a remarqué, quant au fond, que les signataires se sont absolument mépris sur le but des mesures qui ont été adoptées pour empêcher de nouveaux désordres, pour maintenir la paix de l'église et pour conserver à MM. les pasteurs l'autorité légale dans leurs fonctions. Par ces mesures le gouvernement n'a nullement voulu gêner en quoi que ce soit la liberté des consciences, mais seulement réprimer des actes extérieurs d'une secte nouvelle qui s'est constituée en état d'hostilité et d'agression contre l'église nationale.
Relativement à la forme , les pasteurs signataires auront sans doute déjà senti qu'ils se sont écartés de la voie régulière. C'est dans les assemblées de classe que la loi autorise MM. les pasteurs à émettre leurs sentiments et leurs vœux, lorsqu'il s'agit de s'adresser collectivement à l'autorité supérieure. Mais colporter un écrit de paroisse en paroisse pour recueillir des signatures est une marche illégale, peu convenable et sujette à de graves inconvénients.
Les signataires n'ont pas suffisamment réfléchi qu'en se laissant aller à une impulsion cachée, qui dans les temps actuels semble provoquer à l'agitation en matières religieuses, ils ont agi contre les véritables intérêts de l'église qu'ils servent et de l'état qui les protège. Ces intérêts si chers à tous les pasteurs sages dont le canton s'honore, exigent impérieusement qu'on s'abstienne de tout ce qui pourrait réveiller ces disputes aussi inutiles qu'interminables, qui, dans les siècles précédents, ont fait naître tant de troubles et de discordes. Il importe aujourd'hui plus que jamais que tous les bons esprits, tous les amis de l'ordre, tous ceux qui sont plus attachés à leur pays qu'à la vaine gloire de donner lieu à des discussions publiques qui peuvent être dangereuses, se réunissent pour conserver la paix et la tranquilité que commandent les circonstances, envisagées sous le rapport de l'église comme sous celui de l'état.
C'est sur ces considérations importantes, M. le doyen, que le conseil d'état a voulu appeler par votre intermédiaire l'attention de MM. les pasteurs de la classe que vous présidez. Le petit nombre de ceux qui ont inconsidérément signé l'écrit dont il s'agit, comme le très grand nombre de ceux qui ont sagement refusé leur adhésion à cet écrit, tous comprendront qu'en ce moment le premier besoin de l'église qui a déjà éprouvé des divisions fâcheuses, c'est la prudence, le calme et l'union.
Le conseil d'état est persuadé que MM. les pasteurs se renfermant ainsi dans les belles et utiles fonctions qui leur sont attribuées, mériteront de plus en plus la confiance du gouvernement, l'affection de leurs troupeaux et la considération publique.
Vous êtes invité, M. le doyen, à faire lecture de la présente lettre circulaire dans l'assemblée de la classe.
Recevez mes salutations.
Le landammann, J. Muret.
Selon l'usage reçu, et conformément à l'ordre souverain, la circulaire ci-dessus fut communiquée, au printemps suivant, au clergé vaudois réuni dans les assemblées de classes.
Il ne sera pas sans intérêt, pensons-nous, de joindre à la lettre du conseil d'état les réflexions suivantes, auxquelles le secrétaire du grand conseil, M. Daniel-Alexandre Chavannes, se livra dans une lettre tout intime qu'il adressait sous date du 31 janvier 1825, à M. le pasteur Louis Burnier. M. Chavannes rédigeait alors la Feuille du canton de Vaud et y insérait des extraits des discussions auxquelles se livrait le grand conseil. La pétition des ministres avait soulevé, paraît-il, un orage dans le sein de l'assemblée législative et le rédacteur de la Feuille du canton de Vaud eu avait rendu compte dans son journal, mais non d'une manière très exacte. M. Burnier crut devoir réclamer, et c'est à cette réclamation que M. Chavannes répondit, entre autres choses, ce qui suit :
« En disant que le grand conseil avait cru ne devoir pas s'occuper de la pétition (qualification assez insignifiante qui a été donnée à l'adresse par l'assemblée elle-même) présentée par 26 pasteurs ou ministres impositionnaires, parce qu'il a craint qu'elle pût conduire à une scission fâcheuse dans le corps respectable du clergé, on n'a fait qu'exprimer l'opi-