CHAPITRE V
nion qui a généralement prévalu. Il en était plusieurs autres moins favorables aux signataires, mais qui, heureusement, ont été écartées.
> Connaissant personnellement la plupart de mes frères en Christ qui ont attaché leur nom à cette pièce, je n'ai pu avoir aucun doute sur la pureté de leurs vues, mais je ne vous dissimulerai pas, qu'en la voyant sur le bureau et avant que la lecture publique en ait été faite, je me suis demandé: tout ce qui est bon en soi est-il expédient ? et la réponse que je me suis faite a été négative. Je m'arrêtais à cette partie nombreuse et respectable de notre clergé, que je sais, que je vois profondément attachée à l'Evangile de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, qu'elle prêche dans toute sa pureté, mais qui cependant a sur la loi qui tend à prévenir la désorganisation complète de notre église, naguère si paisible une opinion différente de celle des signataires de l'adresse, et je me demandai: que résultera-t-il de la discussion qui va s'ouvrir?
» Si l'adresse, me disais-jé, est accueillie par une partie du grand conseil, elle sera repoussée par l'autre, et les suites nécessaires de cette divergence seront des adresses en sens contraire de la part des pasteurs qui ont cru voir dans la loi du mois de mai dernier une mesure salutaire (et vous savez qu'ils sont nombreux) ; ce qui pourrait amener une véritable scission, non pas sans doute quant à la doctrine, sur les points fondamentaux de laquelle tous sont d'accord, mais quant aux moyens propres à conserver parmi nous l'unité de foi et de culte.
» Je me demandais ensuite : Les dignes pasteurs qui ont cru devoir consigner publiquement les sentiments dont ils sont animés, n'avaient- * ils d'autres moyens de la manifester que celui d'une démarche du genre de celle qu'ils viennent de faire, sans en calculer les suites probables ? N'ont-ils pas la chaire de vérité dans laquelle ils peuvent donner des preuves suffisantes de leur attachement à l'Evangile? et quant au jugement qu'ils portent sur les moyens que le gouvernement du canton a cru devoir employer pour arrêter les progrès du mal, tandis qu'il en est temps encore, peuvent-ils espérer qu'il sera partagé par une assemblée qui n'a accepté la loi qui lui a été soumise, qu'après l'examen le plus approfondi et la discussion la plus réfléchie?.... Voilà ce que je me disais, attendant avec anxiété la lutte que je voyais prête à s'ouvrir. Mes craintes ne se sont pas réalisées ; il n'y a pas eu de lutte, et le petit nombre de ceux qui auraient voulu que le conseil d'état fût invité à procéder avec sévérité contre les auteurs d'une démarche sur les motifs de laquelle ils élevaient des doutes , ont senti que le mieux était de ne pas insister.
» Certainement il est déplorable que, dans plusieurs cas qui se sont présentés, les autorités inférieures n'aient pas procédé avec la sagesse, la modération, je dirai la charité et la justice qu'on avait le droit d'attendre d'elles, mais, mon très cher frère, était-ce, de prime abord, au corps législatif que les justes réclamations qu'on avait à faire devaient être adressées ? N'était-ce pas plutôt au pouvoir exécutif qu'il fallait les porter ?.... Nul doute qu'elles n'eussent été écoutées et on aurait pu les présenter avec bien plus de force en les appuyant d'un exposé détaillé et fidèle des faits.
» Tout ceci me conduit, monsieur et très cher frère, à vous supplier de considérer les choses sous leur vrai point de vue. Elles en sont au point que de nouvelles démarches ne feraient qu'envenimer le mal, au lieu de le calmer. Ce qui se passe au milieu de nous n'est pas nouveau. C'est l'une de ces crises qui peuvent devenir salutaires, si l'on ne cherche pas à y apporter des remèdes qui ne feraient que la rendre plus fâcheuse. Le zèle inconsidéré de quelques jeunes lévites qui donnaient les plus grandes espérances, a provoqué le mal, la chose est incontestable, mais de ce mal il peut résulter un grand bien. Déjà il a réveillé plusieurs pasteurs qui avaient besoin de l'être et nous pouvons espérer que l'église du canton de Vaud ne tardera pas à sortir de cette épreuve d'une manière qui mettra fin aux accusations dont on la charge. Croyez, au surplus, que le silence est le meilleur remède auquel on puisse recourir. Les adversaires tout-puissants de la réformation, j'ajouterai ceux de notre heureux canton, ne demandent pas mieux que de voir la mésintelligence se glisser dans notre église et toute discussion qui pourrait devenir une affaire de parti, servirait infailliblement leurs vues. On n'a déjà que trop écrit, et au-dedans et au-dehors, sur ce malheureux sujet. *•
Devons-noas envisager l'honorable démarche des 26 pétitionnaires comme ayant absolument échoué? Ne fut-elle et ne pouvait-elle être autre chose qu'un coup d'épée dans l'eau? Assurément pas! Outre ce qu'il y a toujours de réellement utile dans un acte de courage et de vérité, — l'adresse des ministres était un appel à la conscience de tous leurs collègues, — un appel au